140 DES LIVRES ET DES JIANUSCRITS
n’a pas de variantes : cetle sterilite prouve que les ma-nuscrits originaux etaient rares et que des erreurs,pour ainsi dire hcreditaires , ont du se t-ransmettre,sans correction, d’un copiste ä unc autre copiste.
Etonnant phenomene! Plus nous avancons dans lessiecles, plus, au lieu de nous cloiguer de l’antiquite,nous nous rapprochons d’ello. Chacune des annees quis'ecoulent, au lieu de reduire en poudre les derniersdebris de ces monuments venerables, les reconstruit etles releve. L’imprimerie, en multipliant les exern-plaires, ne permet plus aux moindres travaux de l’es-prit de se perdre et de s’evanonir.
Autrefois l’homme de talent qui rctablissait un texte,qui le corrigeait ct l’epurait, qui le commentait etPexpliquait, ne pouvait produire qu’une seule copiedont la destruction fortuile mettait ä neant Ions sestravaux. Maintenant le pliilologue commenlateur peutcompter sur une existence aussi durable que celle del’auteur qu’il elucide : sa gloire (s’il la merite) est per-manente. Le tenips, de ses doigts. redoutables, eflacetour ä tour les chefs-d’oeuvre de l’arcbitedure, de lapeinture et de la statuaire; mais la pensee si legere,si mobile, se fixe et ne perlt pas; e’est le plus granddes prodiges. Apres avoir eternise les inventions nou-velles, les resultats du present, celte decouverte su-blime a fini par reconslituer le passe pour le leguer äl’avenir.