XIV
PRfiPACE.
chez nous, est intervenu soudain, craignant sansnul doute de voir le pinceau combattre ä son tourl’invasion, et representer aux yeux les scenes gro-tesques ou hideuses des deux annees dernieres. IIsait bien de quel poids est, dans l’histoire, le temoi-gnagne de l’art, et le gouvernement frangais avaitdu faire enlever du Salon de 1872 toutes les imagespropres a entretenir cette haine et cette douleur,qui desormais ne s’eteindront que lorsque notresoif sera etanchee.
En matiere d’art, et quoi qu’ils puissent dire de ladecadence de Ia France, les Allemands sont bien for-ces, en effet, d’avouer leur inferiorite. Elle est evi-dente. Cette Suprematie artistique, bonne a cultiverentre toutes, eile nous reste, je le repete, dans sonentier. Non pas que toutes les oeuvres qui figurentau Salon fussent des chefs-d’ceuvre. Helas! non, etloin de la. Le Salon de 1872, comme ceux qui l’ontprecede, etait surtout remarquable par la peinlure degenre et par le paysage, c’est-a-dire, ce sont les cötes,non pas inferieurs, mais ä coup sür secondaires del’art qui attirent, encore et toujours, aujourd’huicomme hier, les artistes. En art, comme en littera-ture, l’article d’actualite et le morceau de factureont le pas sur l’ceuvre vaste, longuement mürie, for-tement traitee. L’art s’est fait charmant, agreable^seduisant, mondain, demi-mondain surtout; il a biendes qualites accessibles au public, il n’a point de cesCordes hautes qui vibrent profondement, conquierentles ames et les transportent sur les sommets d’uncoup d’aile.