PRfiFACE.
XV
Mais, en depit de tout, comme nos peintres, parleur faire prodigieux, leur habilete et leur sens tres-souvent saisissant de la rea'lite et de la vie sont su-perieurs aux mystiques chercheurs ou aux enlumi-neurs patriarcaux de l’Allemagne! II ne faut pas, jele sais, considerer l’art, cette chose absolue, dans sesrapports avec la politique, ce relatif fort heureuse-ment si changeant. Ne peut-on cependant, encore uncoup, se feliciter de ce que, dans notre chute, unesuperiorite nous soitrestee, mais visible, evidente etqu’on ne saurait nier?
Et, pour tout dire, hart frangais est, non-seule-ment, meme aujourd’hui, en 1872 , superieur ä hartetranger, mais encore il est bien superieur ä la litte-rature frangaise elle-möme. II s’est rapetisse ä coupsür, mais il ne s’est pas abaisse. «Si l’on placait äcdte de Vexposition des tableaux une exposition de livresen vers ou en prose qui ont paru depuis deux ans , lesbelles-lettres se lireraient avec peu d’honneur de cettelütte conlre les beaux-arts. » Qui dit cela? M. Guizot,en tete de son livre sur 1 eSalon de 1810 ; etces lignes,vraies il y a soixante ans, le sont encore aujourd’hui.Oui, certes, les artistes ont garde je ne sais quel Sen-timent bien amoindri, mais toujours puissant, de ladignite de Part, que je ne retrouve ä un egal degreni au theätre, ni dans le journalisme, ni dans lalitterature proprement dite. J’inclinerais a croire quel’atelier, la necessite de la solitude, le travail loindu bruit, face ä face avec le modele, creature hu-maine ou paysage, ont conserve en eux cette foi quel’eparpillement journalier emiettait peu ä peu et re-