50 PEINTRES ET SOULPTEURS CONTEMPORAINS.
s’affirma pair une oeuvre excellente : le Corps de sainteCecile apporte dans les Catacombes. Le jeune peintrecontinuait la filiation des peintres de l’Ecole de David ;mais ses compositions, un peu thEätrales, offraient desolides et profondes qualites, par exeraple un Senti-ment vEritable de 1’antiquitE, une initiation complEteaux choses du style. On devinait lä moins de tempEra-ment que d’Etude, moins d’enthousiasme que de vo-lontE. Bouguereau, en effet, est peintre parce qu’il avoulu etre peintre; il s’est impose d’arriver aupremierrang, et il est parvenu par la force d’une ardente ve-lontE, secondee, il est vrai, par des dispositions Emi-nentes. ÜlEve de M. Picot, il Etaitle premier ä l’atelier,oü il se mettait ä travaüler a des esquisses, avantl’heure. L’atelier fermE, il courait aux amphithEäfresd’analomie,aux cours d’histoire naturelle, de physique,de perspective. RentrE chez lui le soir, il mettait sesnotes en ordre, travaillait encore, dessinait, lisait, s’ins-truisait. Comme il s’endormait tard, le inatin, pours’Eveiller tout ä fait, il prenait, dans ce demi-sommeilsi lourd ä secouer, une carafe d’eau et se la versait surla tEte. A. Rome, pendant les cinq ans de sEjour, on’avait vu, piocheur infatigable, remplir ses cartonsd’Etudes incessantcs. Rien ne rEsisteä de tellesnatures.« Bouguereau aurait pu Etre, h son gre, me disait sE-rieusement un de ses amis, le premier de nos indus-triels, et pour cela il eüt commencE par travailler deses mains; Eloquent comme DEmosthene, et pour celail eüt parlE, comme lui, la bouche pleine de eailloux;savant comme M. LittrE, et pour cela il eüt secouetoute la poussiere des bibliothEques; ministre s’il eütvoulu, et pour cela il eüt remuE un monde. »Bouguereau est petit, alerte, quoique gros; l’air rail-leur, l’ceil pEtillant; quelque chose du satyre, le visaged’Alphonse Karr, et parfois son imperturbable espritde saillies. Comment cette nature vive, ardente, se lais-