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Peintres et sculpteurs contemporains / Jules Claretie
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80 PEINTRES ET SCULPTEURS CONTEMPORAINS.

s’en etait fait une sorte de protecteur artistique. Sestypes pyrdneens, ses costumes espagnols, ses aqua-relles l’avaient mis en lumiere dans ce cercle provin-cial. On lui conseillait d’adresser de ces jolies chosesqu’il enlevait si bien, avec tant de verve et d’esprit,aux journaux parisiens, de jeter l’equerre aux orties

bizarres, la dame nuageuse et blanche de la bällade. II faut croiserton plaid sur ta poitrine si tu crains Ie froid; il Souffle, la nuit, unterrlble vent au Tourmalet!

« Devant toi s’ouvre alors une immense vallee, au fond de laquelleun torrent serpente: c’est le Bastan. Quelques vagues Iumieresscintillent au loin : c’est Bareges. Descends, tu coucher.as ä Bareges,ou, si tu n’es pas trop fatigue, ä Liezj un peu plus loin. Tu coucherasle lendemain soir ä Gavarnie.

« Le matin du troisicme jour (tu te seras pourvu d’un bäton ferre,d’une paire de crampons et d’un havresac chargd de vivres), tu irasattendre ä l’entrde du cirque que les prenjiers rayons du soleil aientatteint les tours du Marbore, suspendu au-dessus de ta tSte. Tu tedirigeras vers le pied de la troisieme Cascade ä droite. En aoüt, lelit de cette cascade est ordinairement ä sec. C’est par lä qu’il fau^monter, — monter.

« — Oui, monter ä pic, au risque de te rompre vingt fois les os,et monter pendant des heures ; quand tu auras gravi le premiergradin, tu te seras dlevd d’environ treize Cents pieds. Patience 1c’est la moitie du chemin.

« Il y a ensuite un pic noir ä tourner, puis un grand bassin danslequel il faut descendre par des crevasses, en s’aidant de quelquesaspferitds friables qui se brisent et roulent sous les pieds. Il fautremonter de l’autre cötd, redescendre et remonter encore. On setruuve alors comme accroche aux flancs d’un pic qu’on nomine laPenne de Saint-Bertrand. Ici commence un plateau uni qui a bienune petite lieue de longueur. Il domine, en surplombant, une validequi mene en Espagne. Mais ce n’est pas de l’Espagne qu’il s’agit.Seulement, s’il te prend fantaisie de regarder en bas, sur le tapisvert de la valide, d’infiniment petites betes blanchätres qui s’y re-muent lentement, et qui sont des moutons, ne t’aventure pas troppres de la pente de cette rocbe polie. A ces hauteurs, le vertige vousprend. Admire plutöt, en face de toi, cette mer de montagnes et cethorizon bleu, forme de plusieurs provinces, qui sa voit entre lesvagues des premiers plans. Quelle gigantesque nature! et pas unhomme, pas un arbre, pas une plante ! Partout de la pierre calcineepar le soleil ou la neige, et quelques nuages en flocons, pris auxdents de ces grandes scies.

« Or, c’est pour te montrer cette neige de prds et te parier d’une