152 PEINTRES ET SCULPTEURS CONTEMPORAINS.
nud6, ronge, mais toujours coiffd du bonnet plat etblanc et les mains osseuses sortant de l’uniforme tourä tour souilld et lave par la pluie. Ges deux figuresdlaient sinistres. Et au-dessus de ces squeletles desmorts de l’hiver passe, les arbres reverdis fleurissaientet les oiseaux chanlaient sous les touffes desfleurs ro-ses ou Manches... Jen’oublierai jamais cette vision depeintre et de vrai poete.
Crimee et Italie! Que c’est loin tout cela! Nous lesretrouvons aujourd'hui, toujours avec M. Protais, lesvainqueurs d’Inkermann et de Magenta. Ils sont Iä,aceroupis dans la boue, parmi les üaques d’eau, surun sol ddtrempö, sous un ciel bas et triste de novem-bre. Ges Chasseurs ä pied du matin de Solferino sontles chasseurs ä pied de la capitulation de Metz. L’unest couche ä terre, la tele uppuyöe sur son sac, soncaban sur son visage, comme s’il ne voulait pas voir lacaptivitd des aulres. On n’apergoit, sortant de ce tas devdtements d’un bleu sombre, —de ce tas qui est unhomtne, un soldat, — qu’un poing crispd et plein decolfere. Un autre, tete rousse et mäle, regarde droitdevant lui sans rien voir. Un autre roulc des yeuxpleins de fureur. Unautre encore, bris6, pale, les pom-inettes rouges, s’etend, dpuisti par la tiövre, sur cetteterre boueuse qui, du inoins, est encore la terre deFrance.Pauvres gens! Tous semblentdire: «Qu’avons-nousfait pour meriter rhumiliation qui nous trappe,n’avons-nous pas 6t6aussi devoues, aussi braves, aussibons soldats qu’aux jours de gloire? » Ils ne sont plusune armde. Ils ne sont plus qu’un troupeau, les unset les autres; et si loin que s’elend la vue, on aper^oitdes soldats franeais aceroupis et accablds.
Le tableau s’appelle Prisonniers. liest peint avec unemonotonie sombre qui ajoute ä l’impression de dou-leur. Rien ne tranchesurle ton gris de la loile que lesceintures et les cravates de laine bleue des chasseurs.