164 PEINTRES ET SCULPTEURS GONTEMPORAINS.
ciller, avec cette conviction colossale qui desarmeparce qu’elle ecrase. Anch’io son Tiziano, disait-il, avecune Variante au mot du Tiutoret. Ainsi, M. Coutureva tout droit devanl lui, dAniant ä Ja .critique le droitde juger un pouce de ses toiles, et lui defendant deparier du style, des colorations et du dessin. A voir cepetit homme solide, trapu, membru, moustachu etd’une vigueur peu commune encore, malgrA l’äge quile fait grisonner, — il est nA ä Senlis, en 1815, — ondevine en lui une volonte absolue; on sent qu’un telhomme ira, dans la vie, droit devant lui comme unboulet. C’est bien en effet ce qui est advenu.
Mais le malheur de M. Couture est d’avoir etA pris,sur le tard, de cette maladic de la critique qu’il bläme,avec raison parfois, chez les autres. DAtestablc symp-töme lorsque les gens destines ä creer se mettent ä.disserter. Gustave Planche notait, parmi les plaies lit-teraires les plus rongeantes, le dilettantisme qui s’em-pare trop souveut de l’ecrivain, ä un momenl venu.Le jour oü le poete, le dramaturge, le romancier de-vient un dilettantc, il est perdu. Le gout de crtier luiAchappe, la volupte d’enfanter lui devient douleur. Ildoit en dtre de rnöme dans les arts. Pour progres-ser, il faut produire; pour grandir, il faut lütter.
M. Couture n’a plus lutlö depuis son grand et legi-time succes des Romains de la Decadence. Cette orgiesaisissante est, ä coup sür, une des plus heiles pagesde l’art moderne. Elle eontient bien des parties com-rnunes, mais l’ensemble constitue un tableau admi-rable, et beaucoup de ces figures sont des chefs-d’oeuvre, entre autres les deux c61Abres sto'iciens,places ä droite et regardant, l’un avec tristesse, l’aulreavec degoüt, comment finit un monde.
Mais depuis 1847, M. Couture n’avait plus exposöqu’en 1855. Il avait däcore une chapelle ä Saint-Eus-tache, exAcute, sur commande, des tableaux officiels.