204 PEINTRES ET SüOlPTEURS CONTEMPORAINS.
fait naturalisö espagnol. Son veritable maitre estGoya. Quelques-unes des pochades de 1 ’Aragonaissemblent des fantaisies du Purisien. Ajoutez-y unecertaine etude de Velasquez, raais un soin ögal äs’eloigner des ölegances du rriaitre. Mais au-dessusdes qualitös acquises, le temperament, la recherchede l’originalitö, une vision souvent prodigieuse dela nature, un pinceau vigoureux, hardi, plein decräneric et de volontd, tel m’apparait M. EdouardManet, dont les toreros et les racleurs de guitarespourraient figurer sans doute aupres des Goya lesplus vivants.
M. Manet aövidemment un parti pris d’etonner lesgens et de tirer un coup de revolver ä l’oreille des ba-dauds. Tantöt il groupe dans un ddjeuner sur l’herbedes jeunes gens costumes de vetements modernes etdes fernmes absolument nues, tantöt il peint uneStrange et verdätre courtisaue, son Olympia, en posant,comme une gageure, le chat noir d’Hoffmann au pieddu lit. Ge sont des faqons de concevoir la peinture quine in’entrent point dans le cerveau, ni möme dans lesyeux, quoique je ne möconnaisse point les qualitös debrosse et de pate de l’artiste. Mais je demande volon-tiers une composition, un ensemble quelconque.Passons.
M. Manet entend seulement ötre un peintre , c’est-ä-dire un manieur de pinceau habile, et, ä ce titrc, je nepuis que röpondre qu’il a raison de vouloir ßtre cela.Son Guilarero du Salon de 1861 est demeurö un fortbeau morceau de peinture ; le Buveur d’absinthe dontje parlais tout ä l’heure est une des ötudes les pluseffroyablement saisissantes de la jeune öcole röaliste.Il y axait, dans la salle particuliere que Durand Ruelaffectait dcrnierement ä l’ceuvre de Manet, un toreadordebout, une espada , si je m’en souviens, d’une Conte-nance toute castillane et d’une vigoureuse couleur.