346 PEINTRES ET SCULPTEURS CONTEMPORAINS.
ques-uns ne parlaient que comrae d’un coloriste vo-lontaireraent excessif, d’un habile tireur de coups de,pistolet. Alavfiritd, l’expositäon tout entifere des Oeu-vres de Henri Regnault faisait l’effet d’une sorte deDictionnaire de la couleur, que le peintre avait com-posö pour lui-metne, afin d’etre bien en possession dela gamme et, comme de la langue du pinceau. Ceque bien des gens prenaient pour des oeuvres defini-tives n’elaient que des essais, en quelque sorte, dontle peintre devait tirer parti plus tard, en des oeuvresqu’il portait ddja dans l’äme, et qu’il avait, si je puisdire, dans les yeux.
Voila ce qui donne la certitude que Regnault ne sefüt pas arretd en si beau chemin et qu’il eüt ajoutdbien des pages magistrales aux pages juveniles etdclatantes que nous connaissons de lui. II n’ötait pas,comme tant d’autres, satisfait de lui-möme; il necroyait pas avoir atteint le but. Son ambition d’artisten’6tait point assouvie; il dtait loin encore d’avoirßtanche sa soif de luiniöre et de couleur. « J’ai finimon tableau, dcrit-il h un ami, j’ai fini mon tableau(il s’agit de sa Judith) c’est-a-dire que je l'ai mis enetat d’etre expose. II y a bien des choses encore qui de-manderaicnt ä etre plusfaites. Mais, que veux-tu? tautpis : je pars jeudi pour l’Espagne. » (Lettre inedite)Regnault est tout entier dans ce Tant pis, qui signifie :N’ai-je point le temps? Ne pourrai-je faire mieux etcomme je le veux? C’est lä un point caractdristique desa nature : le besoin de marcher sans cesse, de nepoint s’attarder aux choses faites, de crier : En avant!ä la moderne et ä l’amSricaine.
Ce qu’il portait dans sa tete lui faisait bien vite ou-blier ce qu’il venait de jeter sur la tolle. II faut l’en-tendre parier de ses projets, tire ce qu’il espöre, cequ’il veut tenter et peindre : « Je veux faire revivre lesvrais Maures, riches et grands, terribles et voluptueux