364 PEINTRES ET SCULPTEURS CONTEMPORAINS.
Lui, montrant d’un geste heureux les enfants qui s’a-musent, il rit ä ces chers petits ötres, qui sautillentautour d’eux coixune des poussins autour de leurmere. II tient dans sa main un bouquet de fleurs deschamps, coquelicots el bleuets, ramassös par eile enchemin, avcc des epis de blö, bouquet qu’on mettraen renlrant dans un vase et qu’on gardera en Souvenirde ce beau et bon dimanche. Les enfants, ä leur tour,veulent faire un bouquet. Le petit gargon, brun, intel-ligent, endiable, a döjä sa gerbe cueillie; la petitefille, moins pratique, s’amuse ä trainer dans l’herbefraiche l’ombrelle de celle qu’elle appelle « maman. »Quelle douce et chöre Vision que celle de ce coupleheureux qui passe ainsi, par ce jour lumineux et clair,le long de la riviöre, — la Marne, la Seine, que sais-je?— oü se refldchit un massif d’arbres, et qui nousmontre ä l’horizon un ilot, un pont, une voile blan-che.... — On les regarde, on les envie, on se dit, enles voyant : — Que c’est bon, le bonheur!
1871. — Par une apres-midi d’hiver, en fövrier,lorsqu’on peut enfln sorlir de ce Paris si longtempsbloquö, la jeune femme en deuil mene lentement sesenfants, les deux petits faiseurs de bouquets du di-manche envolö, sur le coteau de Buzenval, oü sonttombös, en janvier, tant de pöres. Elle baisse la tötetristement; le long chale noir des veuves a remplacesur son corps amaigri la robe blanche de l’etö der-nier; son voile flotte au vent de l’hiver. Muette, acca-blöe, seule avec ses enfants, eile cherche sur cetteterre, oü la neige et les pluies ont lave le sang, laplace oü est tombö celui qu’elle aimait et ä qui eilesouriait l’an dernier. Elle croyait bien pourtant ache-ver avec lui la route commencöe! Elle l’aimait tant!II l’aimait si entiörement! Qu’avait-il fait pour möriterla mort? Avaient-ils voulu cette guerre? Ha'issaient-ils ces Allemands? Avaient-ils besoin de victoires pour