366 PEINTRES ET SCULPTEURS CONTEMPORAINS.
LES ENVOIS DE ROME EN 1872
Le peintre Lebrun demanda un jour ä Colbert si lagrandeur d’un pays ne sie mesurait pas ä la valeur deses productions arlistiques. Colbert etait un vrai grandhomme, c’est-ä-dire que son esprit gendralisateur nes’occupait pas seulement d’unc spdcialild. A ses yeux,les beaux-arts rnarchaient de pair avec le commerceou ragriculture. II rdpondit ä Lebrun qu’un beau ta-bleau etait aussi utile ä la France qu’une nouvelle es-pfece de mousquet.
— Fort bien, dit le peintre des botailles d’Alexandre;en ce cas, pourquoi n’enverrait-on point quelques-unsde nos artistes ä Rome pour y Studier sur place lesehe!s-d’oeuvre de l’Italie ? Cela se passait en 1666.Cette annee-lä fut fondöe l’Acadümie de France kRome, qui, occupant d’abord un palais voisin duthdätre Argentina, est dtablie depuis 1803 & la villaMedicis.
L’Acadümie a bien des ennemis; je parle (on pour-rait s’y tromper) de l’Acadßmie de France ä Rome.Tout esprit inddpendant se figure volontiers que l’fi-cole est placee lä simplement pour entretenir, ägrands frais, des traditions ddbilitantes et pour gar-der en bride les talents vigoureux et les novalenrs.Depuis longtemps, ce me sembie, l’Acaddmie n’estpourtant plus cette citadelle en apparence inexpugna-ble de l’art classique, que döfendaieni, avec tant d’a-charnement, les vieux peintres du premier Empirecontre l’envahissement des talents libres et nouveaux.L’Acaddmie de France ä Rome est simplement un lieuchoisi de refuge pour les artistes en qui l’on espere,et je la comparerais volontiers ä la cellule oü travaille