374 PEINTRES ET SCULPTEDRS GONTEMPORAINS.
rien que les Anglais ont ötudiö avec tant de soin lesprimüifs italiens: il semble qu’un reflet du natura-lisme des premiers maitres passe sur les ceuvres desartistes de la Grande-Bretagne. Leurs ceuvres peuventde la sorte paraltre Stranges, mais on ne saurait leurrefuser une originalitö et une personnalitö profonde.Tout tableau anglais, en effet, est bien anglais. IIsent le terroir. II n’a pu ötre vu et composö que lä.Cette s6ve britannique, qui court ä travers les romansde Dickens et de Thackeray, anime aussi les tableauxde Millais, de Frith ou d’Otcharson. Lorsque M. Mil-lais, par exemple, nous re presente Ophelie mou-rante, c’est bienröellement lä une fille de Shakespearequi passe, chantant et les yeux fixes, parmi les roseauxd’un vert aqueux, puissant et bien anglais.
Mais s’il est bon de reconnattre dans le peupleanglais une fagon toute particuliere de voir, de sentiret de rendre la nalure, il est, ä mon avis, dangereuxd’imiter ses procödfe et sa maniere de traduire lavöritel G’est pourtant ce qui arrive ä l’beure qu’ilest ä M. Tissot, qui se britannise, si je puisdire, tout äfait, et va pcrdre certainement bientöt sa nationalitöartislique. M. James Tissot, dont on se rappelle lesetudes de Faust, la Danse macabre, les portraits defemmes, a 6t6 fixe ä Londres par les övenements, etily est devenu, si j’en juge par ses derniers tableaux,tout ä fait anglais, mais anglais ä faire illusion. Ilexposaiten 1872, dans la galerie frangaise de l’exhibi-tion de Londres, deux portraits : l’un fort comique, re-prösentant un colonel d’artillerie anglais, lustre et pro-pre comme une figure de cire ; l’autre, un gentlemanassis dans un wagon, costumö comme un touriste etlisant un livre, le Guide Bradshaw ou le Guide Joanne.Deux portraits-cartes agrandis par M. Tissot, et missous verre, ä la mode anglaise, comme les tableauxde la National Gallery.