AVERTISSEMENT DE L’ÉDITEUR.
S’il est un auteur dont on aime tou-jours à porter les œuvres avec soi, c’estincontestablement Racine, poète de tousles âges, de tous les goûts et de tous lespays.
Nous avons donc pensé qu’une éditionen un seul volume des œuvres du poètequ’on lit toujours de préférence, et qu’onaime encore à relire alors qu’on le saitpar cœur, étoit un moyen commode etsûr de porter dans tous les pays le goûtde la perfection dramatique.
Ce ne sera pas la première fois qu’onaura entrepris de donner en un seulvolume les œuvres de Racine; mais cesera la première fois qu'un même vo-lume les comprendra toutes. L’éditionqu’on en donna vers la fin du derniersiècle étoit dans un format incommode,mal exécutée, et ne contenoit que lethéâtre. C’est assurer et rendre plus gé-nérale la connoissance de notre littéra-ture, que de multiplier les moyens d’enporter les chefs-d'œuvre dans tous lespays. Or est-il un moyen plus efficaced’en rendre la lecture universelle*, quede mettre le voyageur à même d’avoirtous les ouvrages d’un auteur dans unseul volume, qu’il peut lire partout, etdans toutes les circonstances?
Quand les Anglois montrent avec or-gueil le théâtre de leur Shakespeare,imprimé en un seul volume, présentons-leur à notre tour les œuvres complètesde notre Racine en un seul volume, exé-cuté de manière à laisser entre l’éditionangloisc et l’édition françoise la mêmedistance qu’entre le génie vigoureux mais
informe de l’auteur à'Othello, et la per-fection désespérante de l’auteur de Phèdreet de Britannicus. Nous avons adopté uncaractère élégant et agréable à l’œil, vou-lant réunir à l’avantage de réduire à unseul volume des ouvrages qui, jusqu’àprésent, en avoient formé un nombreplus ou moins considérable, la possibi-lité de lire sans fatigue notre éditionde Racine. La plus rigoureuse exacti-tude a été apportée à la correction dutexte.
Nous ne nous sommes pas borné à col-lationner entre elles les meilleures édi-tions de Racine ; nous avons recouru auxmanuscrits de la bibliothèque du roi ;nous avons relevé avec le plus grand soinles moindres variantes, et nous avons étéassez heureux pour rétablir le texte al-téré en plusieurs endroits, surtout dansles ouvrages en prose. Nous avons étéétonnés nous-mêmes des fautes de toutgenre qui s’étoient perpétuées d’éditionen édition presque à l’insu des lecteurs.On auroit peine à se faire une idée detoutes les altérations qui défiguroientparticulièrement les fragments histori-ques et les lettres: des paragraphes en-tiers étoient supprimés ou remplacés pard’autres ; la plupart des dates étoientinexactement indiquées, d’autres étoientomises ; presque tous les noms d’hommesou de lieux estropiés; des lacunes quilaissoient le récit des faits incomplet ettronqué; le style des éditeurs mis à laplace de celui de Racine. Quoique moinsfréquentes dans l’histoire de Port-Royal,les mêmes fautes s’y montrent plus d’une