II
AVERTISSEMENT DE L’ÉDITEUR.
fois. Nous ne craignons pas de direqu’il n’est aucune édition de Racinequi en soit exempte; la meilleure estcelle qui en contient le moins. On a lieud’être surpris que M. Garnier, qui avoitfait de notre histoire littéraire une étudesi particulière, n’ait pas apporté un exa-men plus sévère au texte qu’il a admisdans son édition de Racine. Geoffroys’est borné à le copier, ne supposant pasmême qu’il pût y avoir la moindre alté-ration dans ce texte; les éditeurs quisont venus après lui se sont affranchis dela même sollicitude. M. Aimé Martin estle premier qui, recourant aux manuscritset aux éditions originales pour ce quiavoit déjà été imprimé, ait signalé l’in-exactitude de ses devanciers, et publiéun texte généralement pur et correct.Nous devons pourtant dire qu’en consul-tant les mêmes sources que lui, nous avonsrelevé une grande quantité de variantesqui avoient échappé à son attention. Ilnous semble que plusieurs mots n’ont pasété lus comme ils sont écrits, que d’autresont été oubliés, et remplacés par des motsqui ne sont pas les mots de Racine. Nousn’entendons parler ici que des ouvragesen prose ; mais jusqu’aux moindres opus-cules , tout, dans un auteur comme Ra-cine, peut faire autorité; on ne sauroitdonc apporter un soin trop minutieux àconserver ses moindres expressions. L’é-dition de Racine publiée par feu M. Ài-gnan, de l’académie françoise, n’est,quant au texte, pour les cinq premiersvolumes, qu’une reproduction de cellede M. Aimé Martin; le sixième volumeseul contient de notables améliorations.Le texte est généralement plus conformeaux éditions originales. Une édition enhuit volumes in-12, publiée plus récem-ment, se recommande encore davantagepar le soin avec lequel plusieurs partiesdu texte ont été revues. On n’y retrouveplus de ces fautes grossières qui étoient
devenues pour ainsi dire héréditaires dansles éditions de Racine; les lacunes sontremplies, les noms d’hommes et de lieuxredressés, les dates rétablies; un meil-leur ordre chronologique dans la cor-respondance. Tontes ces améliorationssont dues aux soins d’un officier d’ar-tillerie distingué, qui met à n’être pasconnu plus d’empressement que d’autresà se faire connoitre. Racine n’a pointd’admirateur plus éclairé ; il a fait deses moindres écrits une étude particu-lière ; il les a relus dans toutes les éditions;il y a cherché un texte pur comme son ad-miration ; il a trouvé dans les manuscritsce qu’il regrettoit de ne pas voir dans lesimprimés, et c’est par cette patiente com-paraison des uns avec les autres qu’ila rendu Racine semblable à lui-même.Pourquoi faut-il qu’il ait imposé à notrereconnoissance l’obligation de taire sonnom? Nous lui devons la communicationdes plus importantes rectifications quidoivent faire distinguer notre édition deRacine de toutes les autres. Ce seroitmalrcconnoître sa laborieuse coopérationque de ne pas ajouter que les notes lesplus importantes placées dans notre édi-tion à la suite des ouvrages en prosenous ont été fournies par lui ; et si parmices notes il en est plusieurs qu’on aitdéjà lues dans quelques autres éditionsde Racine, c’est qu’il les avoit commu-niquées aux précédents éditeurs avec lemême abandon et le même désintéresse-ment.
Dans notre édition, des notes prisesdans les différents écrivains qui se sontoccupés des œuvres de Racine commed’un objet d’étude, sont placées à la suitede chacune de ses pièces de théâtre etde ses autres ouvrages.Un goût sévère aprésidé au choix de ces notes. Nousnous sommes attaché à tenir un justemilieu entre la prodigalité et la parci-monie : rien de ce qui étoit nécessaire