MEMOIRES
CONTENANT QUELQUES PARTICULARITÉS
SUR LA VIE ET LES OUVRAGES
DE
JEAN RACINE
i>n i.’ai: an unir, Françoise.
Lorsque je fais connoître mou père, mieux quene l'uni fait connoître jusqu à présent ceux quiont écrit sa vin , en rendant ce que je dois à samémoire , j’ai une double satisfaction : fils et pèreà la fuis , je remplis un de mes devoirs rmers vous,mon cher fils, puisque je mets devant vos yeuxcelui qui, pour la piété , pour l’amour de l’élude,et pour toutes les qualités du cœur, doit être voiremodèle. J’avois toujours approuvé la curiosité quevous aviez témoignée pour entendre lire les mé-moires dans lesquels vous saviez que j’nvois ras-semblé diverses particularités de sa vie-, et jePavois approuvée sans ht satisfaire, pareeque j’ytrou vois quelque danger pour votre âge. Je crai-gnois aussi de paroître plus prédicateur qu’hislo-rien. quand je vous disois qu’il n’avoit eu la moi-tié de sa vie que du mépris pour le talent desvers, et pour la gloire que ne talent lui a\oitacquise. Mais maintenant qu’à ces mémoires jesuis en état d’ajouter un recueil de ses lettres, etqu’cui, lieu de yous parier de lui je puis vous lefaire parler lui-même, j’espère que cet ouvrageque j’ai fait pour vous produira en vous les fruitsque j’en attends, par les instructions que vous ydonnera celui qui doit faire sur vous une si grandeimpression.
Vous n’êtes pas encore en état de goûter leslettres de Cicéron , qui étoient les compagnes detous ses voyages -, niais il Vous est d’autant plusaisé -de goûter les siennes, que vous pouvez lesregarder comme adressées à vous-même. Je parlede celles qui composent le troisième recueil.
Ne jetez les yeux sur les lettres de sa jeunesseque pour y apprendre l'éloignement que l’amourde l'étude lui donnoit du monde, et les progrèsqu’il avoit déjà faits, puisqu’à dix-sept ou dix-huitans il étuit rempli des autours grecs , latins , ita-liens, espagnols, et en même temps possédoit sibien sa langue, quoiqu’il se plaigne de n’eu avoirqu’uttfl petite teinture, que ces lettres, écrites sanstravail, sont dans un style toujours pur et naturel.
Vous ne pourrez sentir que dans quelque tempsle mérite de ses lettres à Boileau , et de celles deBoileau. Ne sojez donc occupé aujourd’hui quede ses dernières Ie1tre$,qui, quoique simplementécrites, sont plus capables que toute autre lecturede former votre cœur, parcequ’elles vous dévoi-leront le sien. C’est un père qui écrit à son filscomme à son ami. Quelle attention, sans qu’elleait rien d’ajlecté, pour le rappeler toujours à cequ’il doit à Dieu , à sa mère et à ses sœurs! avecquelle douceur il fait des réprimandes, quand ilest obligé d’en faire ! avec quelle modestie ildonne des avis! avec quelle franchise il lui parlede la médiocrité de sa fortune i avec quelle sim-plicité il lui rend compte de tout ce qui se passedans son ménage ! Et gardez-vous bien de rougirquand vous l’entendrez répéter souvent les nomsd<- Babet, Fauchon , IJadelon, Nanetie, mes sœurs ;apprenez au contraire eu quoi il est estimable.Quand von» l’aurez connu dans sa famille , vousle goûterez mieux lorsque vous viendrez à leconnoître sur le Parnasse; vous saurez pourquoises vers sont toujours pleins de sentiment.
Plutarque a déjà pu vous apprendre que Catonl’ancien ptéfefoil la gloire d’être bon mari à celled'être grand sénateur, et qu’il quittait les all'aivesles plus importâmes pour aller voir sa femmeremuer et ciuiuaillotter sou enfant. Celte sensibi-lité antique n'est-elle donc plus dans nos mœurs,et trouvons-nous qu’il soit honteux d’avoir uncœur ? L’humanité toujours belle se plaît surtoutdans les belles âmes, et les choses qui paroissentdes foiblesses puériles aux yeux d’un bel esprit,sont les vrais plaisirs d'un grand homme. Celuidont on vous a dit tant de fois, et trop souventpeut-être, que vous deviez ressusciter le nom,n’étoit jamais si content que quand , libre de quit-ter la cour, où il trouva dans les premières annéesde si grands agréments, il pouvoit venir passerquelques jours avec nous. En présence mêmed'étrangers, il osoit être père : il éloil de tous nos