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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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MEMOIRES

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ment. Je tous écris dans l'amertume de moucœur, et en versant des larmes que je voudroispouvoir répandre en assez grande abondance de-vant Dieu pour obtenir de lui votre salut, quiest la chose du inonde que je souhaite avec leplus dardeur. Jai doue appris avec douleur quevous fréquentiez plus que jamais des gens dontle nom est abominable à toutes les personnes quiont tanL soit peu de piété \ et avec raison , puis-quon leur interdit lentrée de léglise et la commu-nion des fidèles , même à la mort, ù moins quilsne se reeonuoissent. Jugez donc , mon cher ne-veu , dans quel état je puis être , puisque vousnignorez pas la tendresse que jai toujours euepour vous, et que je nai jamais rien désiré, si-non que vous fussiez tout à Dieu dans quelqueemploi honnête. Je vous conjure donc , mon cherneveu , davoir pitié de votre âme, et de rentrerdans votre cœur pour y considérer sérieusementdans quel abîme vous vous êtes jeté. Je souhaitepie ce qu'on ma dit ne soit pas vrai ; mais sivous êtes assez malheureux pour navoir pas rompuun coimnerec qui vous déshonore devant Dieu etdevant les hommes, vous ne devez pas penser ànous venir voir ; car vous savez bien que jene pourrois pas vous parler, vous Sachant dansun état si déplorable et si contraire au christia-nisme. Cependant je ne cesserai point de prierDieu quil vous fasse miséricorde , et à moi, cilvous la faisant, puisque votre salut uicst si cher. »

Voilà une de ces lettres que son neveu, dans saferveur pour le théâtre, appeloit des excommuni-cations. H crut dune que M. JNieole , en patlanlcontre les poètes, avoit eu dessein de l'humilier :

11 prit la plume contre lui et contre tout Port-Royal*et il lit une lettre pleine de traits piquants, qui,pour les agréments du style, fut goûtée de tout lemomie, i Je ne sais, dit lauteur de la continuationde fif/sto/re de lacadémie française, si lions avonsrien de mieux écrit ni de plus ingénieux en notielangue. * Les ennemis de Port-Royal encouragèrentle jeune écrivain à continuer, et même, à cequ'on prétend , lui firent espérer mi bénéfice.Tandis que M. Nicole et les autres solitaires dePort-Royal gardoientle sileuce ,il parut deux ré-ponses , dont la première fort solide , et qui futdabord attribuée à M. de Sacy, étoit de M. duRois : la seconde, fort inférieure , étoit de M. Bar-bier dAucour. Mon père connut bien au stylequelles ne venoient pas de Port-Roy al , et il lesméprisa. Mais peu après, ces deux mêmes répon-ses parurent dans une édition des Visionnaires, faiteen Hollande, en deux volumes : et il étoit écritdans l'avertissement , à la tête de celte édition , quon avoit inséré dans ce recueil les deux ré-ponses Eaitcs à un jeune homme qui , sétantchargé de J intérêt commun de tout le théâtre,avoit conté des histoires faites à plaisir . pareequeces deux réponses feroient plaisir , ayant, pourleur bonté , partagé les juges, dont les uns estiniaient plus la première , tandis que les autres sedéclaroicnL hautement pour la seconde. *

Mon père, moins piqué de ces deux réponsesque du soin que MM. de Port-Royal pmioient deles faire imprimer dans leurs ouvrages avec un

pareil avertissement , fit contre eux la secondelettre, et mit à la tête une préface qui na jamaisété imprimée , et quil assaisonna des mêmes rail-leries qui régnent dans les deux lettres. Après avoirdit quil ny a point de plaisir à rire avec des gensdélicats qui se plaigneut quon les déchire dèsquon les nomme , et qui, aussi sensibles que lesgens du muude , ne soutirent volontiers que lesmortifications quils simposent à eux-mêmes, ils'adressait ainsi à M- Nicole directement.

Je demande à ce vénérable théologien en quoijai erré , si cest dans le droit eu dans le fait. Jaiavancé que la comédie étoit innocente, le Port-Royal dit quelle est criminelle: mais je ne croispas quon puisse taxer ma proposition d'hérésie :cest bien assez de la taxer de témérité. Pour le fait,ils nont nié que celui des capucins, encore nelont-ils pas nié tout entier. Toute la grâce que jelui demande est quil ne moblige pas non plus àcroire un fait quil avance, lorsquil dil que lemonde fui partagé entre les deux réponses quonfit à ma lettre, et quon disputa long temps la-quelle des deux èluiL la plus belle : il ny cul pasla moindre dispute-dessus, et dune communevoix elles furent jugées aussi froides lune quelautre : mais tout ce quon fait pour ces messieursa uti caractère de boulé que tout le monde neeonnoît pas.

« ïl est aisé de eomioître, ajotUoît-il, par le soinquils ont pris d'immortaliser ces réponses , quilsy avoienl plus de pari quils ne disoient. A la vé-rité ce nest pas leur coutume de laisser rien iiuprimer pour eux, quils ny niellent quelquechose du leur. Ils portent aux docteurs les appro-bations Imites dressées. Les avis de Limprimeursont ordinairement des éloges quils se donnent àeux-mêmes: cl lon sccUeroit à la chancellerie desprivilège» fort éloquents , si leur» livres simpri-moient avec privilège. »

doutent de celte préface et de sa seconde. Irllreil alla montrer ces nouvelles productions à Boileau,qui, toujours amalcur de la vérité, quoiquil neûlencore aucune liaison avec Dort-Royal , lui repré-senta que cet ouvrage feruit honneur à son esprit,niai» uen feroit pas à son cœur, parcequil ntta-quoit des hommes fort estimés et le plus doux detous 21 , auquel il avoit lui-même comme aux autresdo grandes obligations. Eh Oicn, répondit monpère, pénétré de ce reproche, le public ne tenujamais cette seconde lettre. 11 retira tous les exem-plaires quil put trouver de la première, et elleétoit devenue fort rare , lorsquelle parut dans lesjournaux. Brosselte , qui la fit imprimer dans sonédition de Boileau , quoiquelle neût aucun rap-port aux ouvrages de cet auteur , joignit en note ,« que le Port-Royal, alarmé d'une lettre qui lemenacoit dun écrivain aussi redoutable que Pas-cal , trouva le moyen dupaiscr et de regagner lejeune Racine. » Brosselte étoit fort mal instruit.Le Port Royal garda toujours le silence , et ne fitaucune démarche pour la réconciliation. Monpère fit lui seul , dans la suite , toutes les démar-ches que je dirai. Ou nignore pas le repentir quila témoigné: et un jour il lit une réponse si humbleà un de ses confrères qui lattaqua dans façade-