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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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SUR LA VIE DE

dcrable quil refusa. On sait ses libéralités [jourPatru et Cassandre, et la manière dont il fit réta-blir la pension du grand Corneille , en offrant lesacrifice de la sienne : action très véritable quem'a racontée un témoin encore vivant 4 3 , et quona eu tort de révoquer en doute, puisque Boursault,qui ne devoit pas être disposé à le louer, la rap-porte dans ses lettres, aussi bien que celle qui re-garde Cassaudre , en ajoutant ces paroles remar-quables : « Jai été ennemi de M- Despréaux, etquand je le serois encore, je ne pourrois m'empê-cher den bien parler.... Quoique rien ne soit plusbeau que ses poésies, je trouve les actions que jeviens de dire encore plus belles. » La bourse deBoileau, comme il est dit dans son éloge histo-rique par M. de Boze, fut ouverte à beaucoupdautres gens de lettres, et môme à Limèrc , quisouvent avec largent qu'il veuoit den recevoiralloit boire au premier cabaret, et y faisait unechanson contre son bienfaiteur.

Boileau aimoit la société, et étoit très exact àtous les rendez-vous. «Jeue me fais jamais attendre,disoit-il, pavecque jai remarqué que les défautsdun homme se présentent toujours aux yeux decelui qui lattend. » Loin daimer à choquer ceuxà qui il parloit, il tàclioit de ne leur rien dire ique dagréab/e, quand même il ne pensoit pascomme eux, quoiquil ne fût nullement flatteur.

Dans une compagnie il éloit, une demoiselledansa , chanta et joua du clavecin , pour faire bril-ler tous ses talents. Comme il trouva quelle nex-cclioit ni daus le clavecin , ni dans le chant, nidans la danse, il lui dit : t On vous a tout appris,mademoiselle , hormis à plaire ; cest pourtant ceque vous savez le mieux, t

Tl mortifia cependant, sans le vouloir, Barbinle libraire , qui sétoit fait une fête de loi donnerà dîner dans une maison de campagne très petite,mais 1res ornée , dont il fajsoit ses délices. Aprèsle dîner il le mène admirer son jardin , qui étoïttrès peigné, mais fort petit, connut* la maison.Boileau, après en avoir fait le tour, appelle soneoclier, et lui ordonne de mettre ses chevaux. « Ehpourquoi donc , lui dit jBarbin , voulez-vous vousen retourner si promptement? Cest répondit Boi-leau , pour aller à Paris prendre lair. ;

11 pouvoit dire de lui-même, comme Horace:

Irasci. celerem, tarnen ut placabilis essem.

Il eut un jour une dispute fort vive avec son frèrele chanoine , qui lui donna un démenti dune ma-nière assez dure. Les amis communs voulurentmettre la paix , et lexhortèrent à pardonner à sonfrère. « De tout mon cœur, répondit-il, parccqueje me suis possédé : je ne lui ai dit aucune sottise.

Sil men étuit échappé une, je ne lui pardon-nerois de ma vie. »

Il avoit l'esprit trop solide pour être un hommeà bons mots*, mais il a fait souvent des réponsespleines de sens. Elles sont presque toutes mal ren-dues et défigurées dans le Bolœana. Jen rappor-terai quelques unes dans la suite de ces mémoires,quand loccasion sen présentera, et je ne rappor-terai que celles dont je me croirai bien instruit.

JEAN RACINE. 19

Quoiquil ait respecté dans tous les temps de savie la sainteté de la religion , il nen éloit pas en-core assez pénétré, lorsque mon père se déter-mina à ne plus faire de tragédies profanes , pourcroire quelle lobligeât à ce sacrifice. Édifié ce-pendant du motif qui faisoit prendre à son ami unesi grande résolution , il ne songea jamais à len dé-tourner, et resta toujours également uni avec lui,malgré la vie différente quil embrassa, et dontje vais rendre compte.

SECONDE PARTIE.

larrive enfin à lheureux moment les grandssentiments de religion dont mon père avoit étérempli dans son enfance, et qui avoient été long-temps comme assoupis dans son cœur, sans syéteindre, se réveillèrent tout-à-coup. Il avoua queles auteurs des pièces de théâtre éloient des em-poisonneurs publies, et il reconnut quil étoilpeut-être le plus dangereux de ces empoisonneurs.Il résolut non seulement de ne plus faire de tra-gédies , et même de ne plus faire de vers ; il ré-solut encore de réparer ceux quil avoit faits parune rigoureuse pénitence. La vivacité de ses re-mords lui inspira le dessein de se faire chartreux.Un saint prêtre de sa paroisse, docteur de Sor-bonne , quil prit pour confesseur, trouva ce partitrop violent. Il représenta à son pénitent quuncaractère tel que le sien ne soutiendrait pas long-temps la solitude-, quil feroît plus prudemmentde rester dans le monde , et den éviter les dan-gers en se mariant à une personne remplie depiété: que la société d'une épouse sage loblige-roit à rompre avec toutef> les pernicieuses sociétés lamour du théâtre lavoil entraîné. Il lui fitespérer en môme temps que les soins du ménagelarraclieroient malgré lui à la passion quil avoitle plus à craindre, qui étoit celle des vers. Noussavons cette particularité , pareeque dans la suitede sa vie,lorsque des inquiétudes domestiques,comme les maladies de ses enfants , lagitoient, ilsècrioit quelquefois : t Pourquoi my suis-je ex-posé ? Pourquoi ma-t-on détourné de me faire,chartreux ? Je serois bien plus tranquille. »

Lorsquil eut pris la résolution de se marier,lamour ni lintérêt, neurent aucune part à sonchoix; il ne consulta que la raison pour une af-faire si sérieuse : et lenvie de sunir à une per-sonne très vertueuse, que de sages amis lui pro-posèrent, lui fit épouser, le premier juin 1677,Catherine de Homanet, fille dun trésorier deFrance du bureau des finances dAmiens.

Suivant létat du bien énoncé dans le contratde mariage, il paroît que les pièces de théâtrenétoient pas alors fort lucratives pour les auteurs,et que le produit, soit des représentations, soitde limpression des tragédies de mon père, ne luiavoit procuré que de quoi vivre , payer ses dettes ,acheter quelques meubles, dont le plus considé-rable ctoil sa bibliothèque , estimée quinze cents