Buch 
Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
Entstehung
JPEG-Download
 

35

SUR LA VIE DE JEAN RACINE.

U acquit lestime des dames de Saint-Cyr, qui,dans le voyage dont jai parlé plus haut, meuparlèrent avec tant de zèle, que leurs discoursmont plus appris à ladmirer, que ses ouvragesne me lavoieut encore fait admirer. Une deslettres de madame de Maintenon apprend quilrevit aveu Boileau les constitutions de cette mai-son , pour corriger les fautes de style.

Dégoûte plus que jamais de la poésie par lemalheureux succès d'Atlwlie, et résidu de neplus soccuper de vers , il fit la campagne deNamur, il suivit de près toutes les opérationsdu siège. Ses lettres écrites à Boileau du campdevant Namnr font bien connoitre quil ne son-geoit plus quà être historien,

Boileau étoit alors occupé de la poésie, et il yéloil retourné à peu près dans le même tempsque son ami. Des raisons ly avaient rappelé. Per-rault, après avoir lu à l'académie son poème dusbcle de I.i/uis-lc-(li-and , fil imprimer les paral-lèles des anciens et des modernes. Les amateursdu lion goût furent indignés de voir les ancienstraités avec tant de mépris par un homme quiles eonnoissoit si peu. Ou animoit Boileau à luirépondre. < Sil ne lui répond pas . dit M. leprince de Comi à mon père, vous pouvez las-surer que jirai à lacadémie écrire sur son fau-teuil: Tu dors, lîrutus. Il se réveilla et com-posa son ode sur la prise de Namur, pour donnerune idée, de lenthousiasme de Pindare , maltraitépar -M. Perrault. Il acheva la satire contre lesfemmes , ouvrage projeté et abandonné plusieursannées auparavant : il donna contre M. Perraultles Réflexions sur Lmigin, et composa ensuite saonzième satire et ses trois dernières épîtres.

En se réveillant . il réveilla ses ennemis. Lodesur Namur ne produisit pas l'effet qu'il avoit envue , qui éloil de faire admirer Pindare. La satirecontre les femmes, quon imprima séparément,fut si prodigieusement vendue et critiquée, que,tandis que le libraire étoit content, lauteur sedésespéroii, « Rassurez-vous , lui disoit mon père :vous avez attaqué un corps très nombreux, etqui nest que langues: lorage passera. > Il futlong , quoique lîoileau , en attaquant les femmes ,eût mis pour lui madame de Maintenon par cesvers ;

Jen sais une chérie et dti monde et de Dieu, etc.

M. Arnauld , qui, à loccasion de cette satire ,écrivit en 1 G9 4 à M. Perrault la lettre que Boileauappela son apologie, ne fut pas son apologiste entout, puisqu'aprcs avoir lu les Réflexions sur Lou-gin, il écrivit la lettre suivante, qui n'a jamaisété imprimée, à ce que je crois, et qui mérited'être connue.

« Je neus pas plus tût reçu les Œuvres diverses,que je me mis à lire ce quil y a de nouveau.J'en ai été merveilleusement satisfait, et je douteque le bon Homère a>il jamais eu un plus exactet plus judicieux apologiste. CVst tout le remer-ciement que je vous supplie de faire do ma partà l'auleur, et dy ajouter seulement que jestimetrop notre amitié pour la mettre au nombre de

ces amitiés vulgaires qui ont besoin de compli-ments pour sentretenir. Je passe encore plus loin,et j ose m assurer quil ne trouvera pas mauvaisque je lui remarque ce que jai trouvé dans sesRéflexions critiques que je souhaiterois qui n'yfût pas , et ce qui 11auroit pas y être, silavoir fait plus d'attention à celle belle règle quila donnée dans sa neuvième épîlre :

Rien nest beau que le vrai : le vrai seul est aimable ;Il doit régner partout, et meme dans la fable-De toute fiction ladroite faussetéNe tend quà faire aux yeux briller la vérité.

Ce que je souliaiteiois qui ne fût pas dans lesRéflexions, est ce que jy ai trouvé de il. Perraultle médecin. On dit, sur la foi dun célèbre archi-tecte , que la façade du Loutre n'est pas de lui,mais du sieur Le Yau, et que ni lArc de triom-phe ni lObservatoire ne sont pas louvrage dunmédecin de la faculté. Cela ne me paroît avoiraucune vraisemblance, bien loin dèlre vrai.Comment donc pourra-t-il plaire , sil 11y a quela vérité qui plaise ? Je ne crois pas (le plus quilsoit permis duler à un homme de mérite, surun ouï-dire, l'honneur davoir fait ses ouvrages.Les règles quon a établies dans le premier cha-pitre du dernier livre contre M. Mallet ne pour-voient pas servir à autoriser cct endroit des Ré-flexions. Je souhaiterois aussi quil fût disposé, àdéclarer que ce quil a dit du médecin de Flo-rence nest quune exagération poétique que lespoètes ont accoutumé demployer contre tous lesmédecins, quils savent bien quun ne prendrapas pour leur vrai sentiment ; et quaprès toutil rcconnoît que M. Perrault le médecin a passéparmi ses confrères pour médecin habile.

Boileau avoit sans doute vu celte lettre quandil écrivit son remerciement à M. Arnauld, à la finduquel il lui dit :

« Puisque vous prenez un si grand intérêt à lamémoire de feu M. Perrault le médecin , à lapremière édition de mon livre il y aura dans lapréface un article exprès en faveur de ce mé-decin, qui sûrement na point fait la façade duLouvre, ni lObservatoire, nj l'Arc de triomphe,comme on le prouvera démonstrativement; maisqui au fend étoit un homme de beaucoup demérite, grand physicien, cl, ce que jeslimeencore plus que tout cela, qui avoit l'honneurd'être votre ami. >

M. Arnauld mourut peu après avoir écrit lalettre que je viens de donner, et son cœur futapporté à Port Royal à la fin de 1694. Mon pèrecrut quà cette cérémonie, quelques parentsinvités ne vinrent' pas, il pouvoit dautant moinsse dispenser dassister, que la mère Racine y pré-sidoit en qualité d'abbesse. Il y alla donc et com-posa deux petites pièces vers : lune qui com-mence ainsi, Sublime en scs écrits, etc., et qui setrouve dans la dernière édition de ses œuvres;lautre qui dans le Nécrologe de Port-Royal estattribuée par erreur à M- l'abbé Régnier, et dontvoici les deux premiers vers:

liai des uns, chéri des autres,

Estimé de tout lunivers, etc.