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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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SUR LA VIE DE JEAN RACINE.

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doux dernières années cU sa vie. J'ai rapportéailleurs 76 de quelle manière la femme qui le gai-doil malade, reçut ces deux amis qui alloient leAüir dans le dessein de lui parler do Dieu. Autantil émit aimable par la douceur du caractère.autant.il létoit peu par le» agréments de la so-ciété. Il ny metloit jamais rien du sien, et messœurs, qui dans leur jeunesse lont souvent vuà table chez mon père, nont conservé île luid'autre idée , que colle dun homme fort mal-propre et fort ennuyeux. Il ne parloit point, ouvouloit toujours parler de Platon, dont il avoitfait une élude particulière dans la traductionlatine. Il cherchoit à connoître les .anciens par laconversation, et metloit ù profit celle de monpère , qui lui faisoit lire quelquefois îles mor-ceaux dHomère dons la traduction latine. Ilnéloit pas nécessaire de lui eu faire sentir lesbeautés , il les saisissoit : tout ce qui étoit beau lefrappoil. Mon père le mena un jour à ténèbres;cl sapercevant que l'office lui paroissoit long, illui donna pour loccuper un volume de la Biblequi eontenoit les Petits Prophètes. Il tombe sur laprière des Juifs dans Baruch, et ne pouvant selasser de ladmirer, il disoit à mon père: « Cèloitun beau génie que Baruch : qui étoit-il ? » Lelendemain et plusieurs jours suivants, lorsquilroncontroit dans la rue quelques personnes de saconnoissanre, après les compliments ordinaires,il élevoil sa voix pour dire : « Avez-vous lu Baruch ?cétoit un beau génie. j

Aprèsavoirmangé son bien, il conserva toujoursson caractère de désintéressement. Tl entroit àl'académie, et la barre étant tirée au bas desnoms, il ne devoit pas, suivant lusage , avoir partaux jetons de cette séance. Les académiciens , quilaimoient tous, dirent dun commun accord quilfalloit en sa faveur faire une exception à la règle :

1 Non , messieurs , leur dit-il , cela ne seroit pasjuste. Je suis venu trop tard, cest ma faute. »Cequi fut dautant mieux remarqué , qunn momentauparavant un académicien extrêmement riche,et qui, logé au Louvre, navoit que la peine dedescendre de son appartement pour venir à laca-démie, en avoit entrouvert la porte, et ayant vuquil arrivoit trop tard , avoit refermé la porte , et»-1 oit remonté chez lui. Une autrefois La Fontainealla de trop lionne heure à lacadémie par une rai-son différente. Étant à table chez M. Le Verrier ,il sennuie de la conversation , et se lève. On luidemande il va : il répond , à lacadémie. Onlui représente quil nest encore que deux heures :« Je le sais bien , dit-il , aussi je prendrai le pluslong. »

Si je voulais rapporter plusieurs traits de soninconcevable simplicité , je mècarlerois dans unedigression qui ne seroit pas ennuyeuse, mais quideviendroil trop longue- Je nen rapporterai quedeux.

Le fait de M. Poignan , que M. labbé dOlivetraconte dans son Histoire de lacadémie françoise,est très véritable. Ce M. Poignan, ancien capitainede dragons, étoit delà Ferlè-Milun , cl, ami demon père dès lenfance, le fit son héritier en jiarlanlpour sa première campagne. 11 lui laissoit par son

testament un petit bien quil avoit à la Forté-Mi-lun. Il mourut après avoir mange ce bien, etmon père paya les frais de sa maladie et de sonenterrement, par reconnoissance pour le testa-ment. Voici comme jai entendu raconter l'affairesingulière queut avec lui La Fontaine : Quel-quun savise de lui demander pourquoi il souffreque RI. Poignan aille chez lui tous les jours. « Etpourquoi, dit La Fontaine, ny viendroit il pas?cest mon meilleur ami. Ce nest pas , répond-on ,ce que diL le public : on prétend'quil ne va cheztoi que pour madame de La Fontaine. Le publica tort, reprend-il : mais que faut-il que je fasse àcela? 1 On lui fait entendre quil faut demandersatisfaction lépée à la main à celui qui nous dés-honore. « Eli bien, dit La Fontaine, je la deman-derai. 11 va le lendemain à quatre heures dumatin chez 31. Poignan, cl le trouve au lit : 'Lève-toi , lui dit-il, et sortons ensemble. » Son ami luidemande en quoi il a besoin de lui , et quelleaffaire pressée la rendu si matineux. «Je len in-struirai , répond La Fonlaîne, quand nous seronssortis. 'Poignan se lève , s'habille , sort avec lui,et le suit jusquaux Chartreux, en lui deman-dant toujours il le mène. « Tu vas le savoir ,répondit La Fo*ntaine , qui lui dit enfin quandils furent derrière les Chartreux : Mon ami, iLfaut nous battre. » Poignan surpris lui demandeen quoi il la offensé, et lui représente que la par-tie nest pas égale. 1 Je suis un homme de guerre,lui dit il, et toi tu nas jamais tiré lépée. Nim-porte , dit La Fontaine , le public veut que je mebatte avec toi. > Poignan , après avoir résisté inu-tilement . tire son épée par complaisance, se rendaisément le maître de celle de La Fontaine, etlui demande de quoi il sagît. Le public prétend,lui dit La Fontaine, que ce nest pas pour moique tu viens tous les jours chez moi, mais pourma femme. Eh, mon ami, répond Poignan , jene laurais pas soupçonné dune pareille inquié-tude , et je proteste que je ne mettvai plus lespieds chez toi. Au contraire, reprend La Fontaineen lui serrant la main , jai fait ce que le publicvouloit ; maintenant je veux que tu viennes chezmoi tous les jours, sans quoi je me battrai encoreavec loi. »

Lorsque madame de La Fontaine, ennuyée devivre avee son mari, se fut retirée à Château-Thierry, Boileau et mon père dirent à La Fon-taine que cette séparation ne lui faisoit pas hon-neur , et lengagèrent à faire un voyage à Château-Thierry pour saller réconcilier avec sa femme. Tlpart dans la voiture publique , arrive chez lui, etla demande. Le domestique , qui 11 e le connois-soit pas, répond que madame est au salut. LaFontaine va ensuite chez un ami qui lui donne àsouper et à coucher, cl le régale pendant deuxjours. La voilure publique retourne à Paris, Î1 symet, et ne songe plus à sa femme. Quand ses amisde Paris le revoient, ils lui demandent sil est ré-concilié avec elle, u Jai été pour la voir, leur dit-il, mais je ne lai pas trouvée; elle étoit au salut.>

Mon père , de retour de larmée , alloit souventse délasser de ses fatigues dans le Tibur de soncher Horace- Boileau, sans fortune , comme il