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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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NOTES DES FRERES ENNEMIS. ?5

Prolongez nos malheurs, augmentei-les toujours ,Plutôt qu’un si grand crime en arrête le cours.Vous-même d’un tel sang souilleriez- tous vosarmes ?

La couronne, etc.

14 La construction est vicieuse, et la langueexige de contenter. Celle faute étoit tien facile àcorriger de cette manière :

De contenter un frère en régnant avec lui.

Racine l’avoit évitée, ce me semble, moins heu-reusement dans les premières éditions, en écri-vant :

Vous pouvez vous montrer généreux lout-à-fait,Contenter votre fière , et régner en effet. G.

16 Daignufcs n’est pas le mot propre : une mèrene dit point à son lils qu’il a daigné souscrire auxordres de son père. Racine avoit d’abord mis :

» A ces conditions cous voulûtes souscrire. »

liais il sacrifia le mot propre à la rencontre d’uneconsonnance désagréable. L. i>r Boisjebmain.

■1 e Racine a fait ici des changements et desretranchements considérables. Dans les premièreséditions, Étéocle répundoit:

Il est vrai, je promis ce que voulut mon père :Pour un trône est-il rien qu’on refuse de faire ?

On promet tout, madame, afin d’y parvenir;liais on ne songe après qu’à s’y bien maintenir.J'élois alors sujet et dans l’obéissance,

Et je tiens aujourd’hui la suprême puissance.

Ce que je fis alors ne m’est plus une loi ;

Le devoir d’un sujet n’est pas celui d’un roi:D’abord que sur sa tête il reçoit la couronne ,

Un roi sort à l’instant de sa propre personne;J/iiiLérct du publie doit devenir le sien:

Il doit tout à l’état, et ne se doit plus rien.JOCASTE.

Au moins doit-il, mon fila,qu clque chose à sa gloire,Dont le soin ne doit pas sortir de sa mémoire ;

El quand ce nouveau rang l’afiVanchiroit des lois,Au moins doit-il tenir sa parole à des rois.

iTÉOCLE.

Polynicc à cc litre auroit tort de prétendre :Tlièbes sous son pouvoir n’a point voulu se rendre;Et lorsque, etc.

l? Cette expression , auprès de pour en com-paraison de j u été justement blâmée par les com-mentateurs. Auprès de ne peut exprimer que laproximité locale ; le mot propre «toit au prix de ;et il a été employé heureusement par Boileaudans sa vr e satire et sa iv c épîirc. A- Martin.

1 3 Corneille s’est servi de celte expression sortirdu trône. Boileau en a fait usage. Malgré ces deuxautorités, elle a été blâmée par quelques criti-ques ; mais Voltaire regarde le vers où elle setrouve dans Corneille comme très beau et trèsfort. A. Martin.

20 11 s’agit ici d’un moyen employé pour con-soler . et non de la douleur dont on console.

L’emploi de la préposition par étoit donc indis.-pensable pour la clarté du sens. A. Martin.

21 Ces deux vers eloient ainsi arrangés dans lespremières éditions:

Si le peuple le veut, je lui cède ma place ;

Mais qu’il se rende aussi si le peuple le chasse.

Toutes ces petites corrections sont précieuses clinstructives; on aime à voir les premiers effortsd’un grand écrivain pour corriger son style, quidevuit bientôt devenir d’uue perfection si déses-pérante. A. Martin.

22 On lisoit dans les premières éditions , autantque du courage, ce qui étoit plus correct. La si-gnification du mot honneur étant fixée par unarticle, il étoit nécessaire de fixer de la mêmemanière la signification du mol courage. Dans levers précédent, l’article le est de trop ; il falloitdire : J’en ai fait choix. A- Martin.

25 Ne cous tourmentez pas est familier : la nuancequi sépare le tragique du comique n’étoit pas en-core marquée bien distinctement. Geoffroy. Cequi étoit bien plus essentiel à remarquer, c’estqu’ÊléocIe parle ici à Créon précisément de lamême manière que Néron parle à Narcisse dansBritannicus. Aignax.

Après le vers suivant, Créon devroil quitter lascène et suivre Étéocle. Il reste cependant ; et ccn’est qu’après une longue conversation qu’il sesouvient que le roi lui a commandé de venir surses pas. L. Racine.

24 Par un ordre souvent l’an à l’autre contraire ,n’est pas une phrase françoise. Contraire se rap-porte nécessairement à ordre; et qu’est-ce qu’tmordre contraire l’un à l’autre, quand ces mois l’unà l’autre supposent nécessairement deux objetscorrélatifs? Il esl clair que bailleur étoit encoreloin alors de savoir plier sa versification aux tour-nures difficiles. Il avoit mis d’abord :

Vous les verriez toujours, l’un à l’autre contraire,Détruire aveuglément ce qn’auroitfait un frère ;L’un sur l’autre toujours former quelque attentat.

Ce qui vaîoit beaucoup mieux pour la construc-tion, qui est du moins claire et correcte, si cen’est que la rime avoit ôté l's de contraire , quidoit être au pluriel. On ne dit pas non plus formerun attentat. Dégâts n’est pas du style noble. Plus ilsfont de ravage est prosaïque. Le meilleur vers decelte tirade,

On 11 e partage point la grandeur souveraine ,

a été pris tout entier par Voltaire, qui s’en estservi dans Rome sauvée. La Harpe.

Cette tirade est dans le goût de Corneille , queRacine s’efforçoit alors d’imiter; elle est pleinede sens et de vigueur. La comparaison qui latermine, quoique très belle, est ici un ornementambitieux, peu convenable au slvle tragique.

Geoffroy.

s5 Tous ces beaux exploits..,. C’est ce qui me lefait..,. Cette phrase n’osl pas correcte. Le verbedevoit être au pluriel pour s’accorder avec son