ACTE II, SCÈNE II — IV.
Au secours de ses bords fit -voler tous ses princes ,
Qu’il n’avoit avec moi, dans des desseins si grands,Engagé que des rois ennemis des tyrans :
Mais puisqu'un roi, flattant la main qui nous me-nace,
Parmi scs alliés brigue une indigne place.
C’est à moi de répondre aux vœux de mon pays ,
Et de parler pour ceux que Taxile a trahis.
Que vient cherelier ici le roi qui vous envoie ?
Quel est re grand secours que son brasnous octroie?
De quel front ose-t il prendre sous son appuiDes peuples qui n’ont point d’autre ennemi que lui?Avant que sa fureur ravageât tout le monde,
L Inde se reposait dans une paix profonde ;fit si quelques voisins en tronbloientles douceui-s,
Il portoit dans son sein d'assez bons défenseur» 3 3 .Pourquoi nous attaquer ? Par quelle barbarieA-t-on de votre maître excité la furie ?
Vit-on jamais chez lui nos peuples en courroux 34Désoler un pays inconnu parmi nous ?
Faut-il que tant d’états , de déserts, de rivières .Soient entre nous et lui d’impuissantes barrières ?
Et ne sauroit-on vivre au bout de Tunn cis 35Sans connoïlre Son nom et le poids de scs fers ?Quelle étrange valeur, qui, ne cherchant qu’ànuire,
Embrase tout sitôt qu’elle commence à luire 3 e ;
Qui n’a que son orgueil pour règle et pour raison ;
Qui veut que l’univers ne soit qu’une prison ,
Et que, maître absolu de tous tant que noussommes.
Ses esclaves en nombre égalent tous les hommes 5Plus d’états, plus de rois : ses sacrilèges mainsDessous un même joug rangent tons les humains 3 ?.Dans son avide orgueil je sais qu’il nous dévore :
De tant de souverains nous seuls régnons encore.Mais , que dis-je , nous seuls ? il ne reste que molOù l’on découvre encor les vestige.-, d’un roi.
Mais c’est pour mon courage une illustre matière ;
Je vois d’un œil content trembler la terre entière,
Afin que par moi seul les mortels secourus ,
S’ils sont libres , le soient de la main de Porus ;
Et qu’on dise partout, dans une paix profonde :«Alexandre vainqueur eût dompté tout le monde;
« Mais un roi l’attendoit au bout de l’univers ,
« Par qui le monde entier a vu briser ses fers. »ipiiKsriox.
Votre projet du moins nous marque im grand cou-_ rage;
Mais, seigneur, c’est bien tard s’opposer à l’orage :
Si le monde penchant n’a plus que cet appui ,
Je le plains, et vous plains vous-même autant que lui î 3Je ne vous retiens point ; marchez contre mon maître :Je voudrois seulement qu’on vous l’eût fait eon-noître ;
Et que la renommée eûL voulu, par pitié,
De ses exploits au moins vous conter la moitié ;
Vous verriez...
% PORCS.
|)uc verroisje, et que pourrois-je apprendreQui m’abaisse si fort au-dessous d' Alexandre ?Scroit-ce sans eÜ’ort les Persans subjugués,
Et vos bras tant de fois de meurtres fatigués?
Quelle gloire en effet daccabler la foiblesseD’un roi déjà vaincu par sa propre mollesse ,
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D’un peuple sans vigueur et presque inanimé ,
Qui gémissoit sous l’or dont il étoit armé ,
El qui, tombant en foule, au lieu de se défendre ,N’opposoitqm; des mort» au grand cœur d’Alexandre.Les autres, éblouis de ses moindres exploits ,
Sont venus à genoux lui demander des lois;
Et , leur crainte écoulant je ne sais quels oracles,Ilsn’out pas cru qu’un dieu pût trouver des obstacles.Mais nous, qui d’un autre œil jugeons des conqué-rants ,
Nous savons que les dieux ne sont pas des tyrans ;Et, de quelque façon qu’un esclave le nomme,
Le fils cb'Jupiler passe ici pour un homme.
Nous n’allons point de fleurs parfumer son chemin;
Il nous trouve partout les armes à la main :
II voit à rdiaque pas arrêter ses conquêtes ;
Qu seul rocher ici lui coûte plus de têtes 33 ,
Plus de soins, plus d'assauts, et presque plus detemps,
Que n’en coûte à son bras l’empire des Persans.Ennemis du repos qui perdit ces infâmes,
L'or qui naît sous nos pas ne corrompt point nosâmes ;
La gloire est le seul bien qui nous puisse tenter.
Et le seul que mon cœur cherche à lui disputer;C’est elle...
ipiirSTiON, en se levant-Et c’est aussi ce que cherche Alexandre;
A de moindres objets son cœur ne peut descendreC’est ce qui , l'arrachant du sein de ses étals io .
Au trône de Cyrus lui lit porter ses pas,
Et, du plus ferme empire ébranlant les colonnesAttaquer, conquérir, et donner les couronnes,
El puisque votre orgueil ose lui disputerLa gloire du pardon qu’il vous fait présenter,
Vos yeux, dès aujourd’hui témoins de .sa victoire .Verront de quelle ardeur il combat pour la gloire ;Bientôt, le fer eu main, vous le verrez marcher.PORCS.
Allez donc : je l’attends, ou je le vais chercher
SCÈNE III.
PORUS, TAXILE.
TAXILE.
Quoi! vous voulez au gré de votre impatience...
PORCS.
Non, je ne prétends point troubler votre alliance iÉphestion , aigri seulement contre tnoi,
De vos soumissions rendra compte à son roi.
Les troupe» d’Axiane, a me suivre engagées,Attendent le combat sou» mes drapeaux rangées ;De son trône et du mien je soutiendrai l'éclat,
El vous serez, seigneur, le juge du combat :
A moins que votre cœur, animé d’un beau zèle ,
De vos nouveaux amis n’embrasse la querelle.
SCÈNE IV.
AXIANE, PORUS, TAXILE.
axjanIv , à Taxile,
Ah ! que dit-on de vous , seigneur ! Nos ennemisSe vantent que Taxile est à moitié soumis: