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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ANDROMAQUE.

n4

SCÈNE V.

PYRRHUS, PHOENIX.

ryssncs.

H« bien, Phoenix, {'amour cst-ille maître 45 ?Tes yeux refusent-ils encor de me connoî/re ?

PHOENIX.

Ah ! je tous reconnois ; et ce juste courroux,

Ainsi qu'à tous les Grecs, seigneur, tous rend à

VOUS 4 7.

Ce n'est plus le jouet d’une flamme servile :

C’est Pyrrhus, c’est le fils et le rival d’Achille,Que la gloire à la fin ramène sous ses lois ,

Qui triomphe de Troie une seconde fois.

pynüHns,

Dis plutôt qu'aujourd’liui commence ma victoire :D’aujourd’hui seulement je jouis de ma gloire ;

Et mou cœur, aussi fier que tu l’as vu soumis ,Croit avoir en l’amour vaincu mille ennemis.Considère , Phcenix, les troubles que j’évite.Quelle foule de maux l’amour traîne à sa suite ,Que d’amis , de devoirs j’allais sacrifier ,

Quels périls... un regard m’eût tout fait oublier :Tous les Grecs conjurés fondaient sur un rebelle.Je trouvais du plaisir à me perdre pour elle.phcenix.

Oui, je bénis, seigneur, l'heureuse cruautéQui vous rend...

PYKJlHnS.

Tu l’as vu, comme elle m’a traité * 8 .Je pensois , en voyant sa tendresse alarmée ,

Que son fils me la dût renvoyer désarmée :

J’allois voir le succès de ses embrassements ;

Je n’ai trouvé que pleurs mêlés d’emportements.Sa misère l’aigrit ; cl, toujours plus farouche,Cent fois le nom d’Hector est sorti de sa bouche.Vainement à son fils j’assurois mon secours :

« C’est Hector, disoit-elle en l’embrassant toujours;

« Voilà ses yeux, sa bouche, et déjàson audace 4 9 ;

« C’est lui-même, c’est toi, cher époux , que j’em-brasse. »

Eb 1 quelle est sa pensée ? attend-elle en ce jourQue je lui laisse un fils pour nourrir son amour ?PHOENIX.

Sans doute, c’est le prix que vous gardoil l’ingrate.Mais laîssez-la, seigneur.

pinnntrs.

Je vois ce qui la flatte :

Sa beauté la rassure ; et, malgré mon courroux,L’orgueilleuse m’attend encore à ses genoux.

Je la verrois aux miens, Phœnjx, d’un œil tran-quille.

Elle est veuve d’Hector, et je suis fils d’Achille :Trop de haine sépare Andromaque et Pyrrhus.

PHCENIX.

Commencez donc, seigneur, à ne m’en parler plus.Allez voir Ilermione ; et, content de lui plaire ,Oubliez à ses pieds jusqu’à votre colère.Vous-même ù cet hymen venez la disposer :Est-ce sur un rivai qu’il s’en faut reposer?

Il ne L’aime que trop.

pvpBnns.

Crois-tu, si je l'épouse ,

Qu’ Andromaque en son cœur n’en sera pas jalouse ?

pjue.vix.

Quoi! toujours Andromaque occupe votre esprit!Que vous importe , ô dieux , sa joie ou son dépit?Quel charme , malgré tous , vers elle vous atli-re ?PÏMUÏÜ6.

Non, je n’ai pas hicn dit tout ce qu’il lui faut dire :

Ma colère à ses yeux n’a paru qu’à demi ;

Elle ignore à quel point je suis son ennemi.Retournons-y. Je veux la braver à sa vue ,

Ht donner à ma haine une libre étendue.

Viens voir tous ses attraits, Phcenix, humiliés.Allons.

PHCENIX.

Allez , seigneur, vous jeter à ses pieds :

Allez , en lui jurant que votre âme l’adore ,

A de nouveaux mépris l'encourager encore,pyniuits.

Je le vois bien , tu crois que , prêt à l’excuser,

Mon cœur court après elle , et cherche à s’apaiser.

Pli».\IX.

Vous aimez : c’est assez.

PTnnnrs.

Moi l’aimer? une ingrate

Qui me hait d’autant plus que mon amour la flatte s °?Sans parents , sans amis , sans espoir que sur moi ?

Je puis perdre son lils, peut-être je le doi;Etrangère... que. dis-je? esclave dans l’Épire,

Je lui donne sod lils, mon âme , mon empire ;

Et je ne puis gagner dans son perfide cœurJ)‘aulre rang que celui de son persécuteur?

Non, non, je l’ai juré , ma vengeance est certaine;

Il faut Lien line fois justifier sa haine :

J’abandonne son fils. Que de plein s vont couler !

De quel nom sa douleur me va-t-elle appeler ,

Quel spectacle pour elle aujourd’hui se dispose)

Elle en mourra , Phœnix, et j'en serai la causeC’est lui mettre moi-même un poignard dans le sein.

PHIWMX.

El pourquoi donc en faire éclater le dessein ?

Que ne consultiez vous tantôt votre foiblesse ?

PYRBir i;s.

Je t’entends. Mais exeuse un reste de tendresse.Crains-lu pour ma colère un si fuible combat ?

D’un amour qui s’eteint c’est le dernier éclat.

Allons. A tes conseils , Phœnix , je m’abandonne.Faut-il livrer son fils ? faut-il voir Ilermione ?

PHOENIX.

Oui, voyez-la , seigneur, et, par des vœux soumis ,Protestez-lui...

PYRRHUS.

Faisons tout ce que j’ai promis 5

ACTE TROISIÈME.

SCÈNE I.

OÏÏESTE, PYLADB.

PTLADB.

Modérez donc , seigneur, cette fureur extrême :

Je ne vous connois plus ; vous n’êtes plus vous-même.Souffrez...