NOTES D’ANDROMAQUE. i35
i<35 Ce vers, dont l’harmonie imitative a étéremarquée , est traduit d’Euripide , et l’a été au-trement par Boileau dans le Traité du sublime.
Quels horribles serpents leur sifflent sur la tête !
Je crois qu’on préférera la version de Racine.
C’est une opinion reçue depuis l’époque d’An-dromaque , que les efforts que lit Monlfleurypour rendre les fureurs d'Oreste allèrent, au pointde causer sa mort ; et ce qui est sûr, c’est qu’ayantété saisi d’une grosse fièvre au sortir d’une repré-sentation de cette pièce , la lièvre , quelle qu’enfût la cause, le conduisit an tombeau. La Harpe.
lo4 Racine trouva soit sujet dans trois vers deVirgile ; mais il ne trouva ni dans Virgile , ni dansEuripide, le plan qu’il suivit. Suivant Virgile,Pvrrhus traita en jeune vainqueur sa captive An-diomaquc ; et après lui avoir fait épouser un deses esclaves , épousa IJermione , l’enlevant àOreste , qui le tua an pied des autels. Hans Eu-ripide . Pyrrhus qui a deux femmes à la fois, Her-mione et Andromaquc , est tué par le peuple dansle temple de Delphes.
Le poète françois, en conservant ces quatrepersonnages avec la même catastrophe, a sufaire un sujet tout nouveau, d’autant plus tragique , que tout y devient grand par l'intérêt quela Grèce y prend. Son repos et la tranquillité desétats de Pyrrhus dépendent du parti qu’il va pren-dre; ce qui donne à ses folblcsses mêmes un airde grandeur, pareeque, lorsqu’il méprise Iler-mione , il méprise sou père Ménélas; quand ilbrave Orcsle, il brave en la personne de cet am-bassadeur toute la Grèce prête à s’armer contrelui. L Racine.
LES PLAIDEURS.
PRÉFACE.
Quand je lus tesGuêpes d’Aristophane, je ne son.geois guère que j’en dusse faire les Plaideurs. J’a-voue qu’elles me divertirent beaucoup, et j’ytrouvai quantité de plaisanteries qui me tentèrentd’en faire part au public ; mais c’étoit en les met-tant dans la bouche des Italiens, à qui je les avoisdestinées, comme une chose qui leur appartenoitde plein droit. Le juge qui saule par les fenêtres,le chien criminel, et les larmes de sa famille , mesembloieiit autant d’incidents dignes de la gravitéde Scaratnouche L Le départ de cet acteur inter-rompit mon dessein, et fil naîlre l’envie à quel-ques uns de mes amis de voir sur notre théàlre un
échantillon d’Aristophane. Je ne me rendis pas àla première proposition qu’ils m’en firent : je leurdis que, quelque esprit que je trouvasse dans cet au- vteur, mon inclination ne meporlcroit pas à le pren-dre pour modèle, si j’arois à faire une comédie;et que j’aimerois beaucoup mieux imiter la régu-larité de Ménandre et de ïéreoce, que la libertéde Plaute et d’Acislophane 2 . On me répondit quece n’étoil pas une comédie qu’on me demandoil,et qu’on vouloit seulement voir si les bons motsd’Aristophane auroieni quelque grâce dans notrelangue. Ainsi, moitié en m’encourageant, moitiéen mettant eux-mêmes la main à l’œuvre, mes
autre nom. Une variante de Racine, à la premièrescène d’Andromaque, éclaircira ceci par un exem-ple. Racine , parlant des efforts de Pyrrhus pourréduire sa captive, faisoit dire à Pylade :
Il lui cache son fils ; il menace sa tête.
Assurément dans ce vers la règle des grammairienséloit bien observée; sa tête, par le sens et par laconstruction , se rappovtoit à Às'yanax: et cepen-dant il y avoit amphibologie : on doutoit s’il nes’agissoit pas de la tête d’Androtunqne , pareequeI’jdée d’Andromaque s’étoit emparée de l’esprit;le vers fut corrigé par Racine. Aignan.
100 On dit communément prêter main-forte,pour parler du serours. Poursuivre à maiu-forte estune tournure poétique, qui n’exprime pas lamême pensée.. Selon toutes les apparences, cellelocution, du temps de Racine, signifioit avecforce , avec vigueur. C’est ainsi que Boileati s’enest servi, satire VIH. où il représente l’hommeen proie à l'ambition, qui
Hans le sein du repos vient le prendre à main-forte.
*"• Qu'encor est une chute de vers aussi dureque désagréable. Racine pouvoit facilement l'évi-ter en niellant ;
Et sur les Grecs encor
Peut-être elle poursuit la vengeance d’JJeclor. A.
1°2 Servir d'exempte à la cot'ere du ciel signifielui donner l'exemple de la colère. Au contraire,Racine veut dire qu’Oreste est un exemple de lacolère du ciel. 11 falloit ici le génitif, et non ledatif.