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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE II, SCÈNE IIIII.

Junie a pu le plaindre et partager ses peines :

Elle na vu couler de larmes que les siennes ;

Mais aujourdhui, seigneur, que ses yeux dessillés,Regardant de plus près léclat dont vous brillez,Verront autour de vous les rois sans diadème ,Inconnus dans la foule , et son amant lui-même,Attachés sur vos yeux , shonorer dun regardQue vous aurez sur eux fail tomber au hasard ;Quand elle vous verra . de ce degré de gloire ,Venir en soupirant avouer sa victoire ;

Maître, nen doutez point, dun cœur déjà charmé,Commandez quon yous aime , et vous serez aimé.HÉROS.

À combien de chagrins il faut que je mapprête !Que dimportunités !

Quoi donc ! qui vous arrête,

Seigneur ?

NÉRON.

Tout : Octavie, Agrippine , Burrhus,Sénèque , Home entière , et trois ans de vertus.Non que pour Octavie un reste de tendresseMattache à son hymen et plaigne sa jeunesse:Mes yeux , depuis long-temps fatigués de ses soins,'Rarement de ses pleurs daignent être témoins.Trop heureux , si bientôt la faveur dun divorceMe souîageoit dun joug quon mimposa par force!Le ciel même en secret semble la condamner:Ses vœux,depuis quatre ans, ont beau liinporloner.Les dieux ne montrent point que sa vertu lestouche :

Daucun gage , Narcisse , ils nhonorent sa couche;Lempire vainement demande un héritier.

NARCISSE.

Que tardez-vous , seigueur, à la répudier ?Lempire , voire cœur , tout condamne Octavie.Auguste , votre aïeul, soupiroil pour Livie ;

Par un double divorce ils sunirent tous deux;

Et vous devez lempire à ce divorce heureux.Tibère , que lhyraeu plaça daus sa famille,

Osa bien à ses yeux répudier sa liile.

Vous seul, jusques ici, contraire à vos désirs,Nosez par un divorce assurer vos plaisirs.

NÉRON.

Et ne connois-lu pas limplacable Agrippine PMon amour inquiet déjà se limagineQui m'amène Octavie , et dun œil enflamméAtteste les saints droits dun nœud quelle a formé,Et, portant à mon cœur des atteintes plus rudes,Me fait un long récit de mes ingratitudes.

De quel front soutenir ce fâcheux entretien ?NARCISSE.

Nêtes-vous pas, seigneur, votre maître et le sien?Vous verrons-nous toujours trembler soussa tutelle?Vivez, régnez pour vous: cest trop régnerpour elleCraignez-vous?.-. Mais, seigneur , vous ne la crai-gnez pas :

Vous venez de bannir le superbe Pallas ,

Pallas , dont vous savez quelle soutient laudace.NÉRON.

Eloigné de ses yeux , jordonne , je menace ,Jécoute vos conseils, jose les approuver ;

Je mexcite contre elle, et tâche à la braver :Mais, je toxposc ici mon âme toute nue,

Sitôt que mou malheur me ramené à sa vue ,

Soit que je nose encor démentir le pouvoirDe ces yeux jai lu si long-temps mon devoir ;Soit quà tant de bienfaits nia mémoire fidèleLui soumette en secret tout ce que je tiens delle :Mais enfin mes efforts ne me servent de rien :Mon génie étonné tremble «levant le sien.

Et cest pour m'affranchit- de cette dépendance ,Que je la fuis partout, que même je loffense ,

Et que, de temps en temps, jirrite seseunuis,Afiu qu'elle mévite autant que je la fuis.

Mais je tarrête trop : retire-toi , Narcisse :Britannieus pourroit taccuser dartifice.

NARCISSE.

Non , non ; Britannieus sabandonne à ma foi ;Par son ordre, seigneur. il croit que je vous voi,Que je minforme ici de tout ce qui le touche,

Et veut de vos secrets être instruit par ma bouche.Impatient, surtout, de revoir ses amours 48 ,

Il attend de mes soins ce fidcle secours.

NÉRON.

Jy consens ; porte-lui celte douce nouvelle :

Il la verra.

NARCISSE.

Seigneur, bannissez-le loin delle 4 9 .

NÉRON.

Jai mes raisons , Narcisse ; et lu peux concevoirQue je lui vendrai cher le plaisir de la voir.Cependant vanle-lui ion heureux stratagème ;Dis-lui quen sa faveur on me trompe moi-même ,Qu'il la voit sans mon ordre. On ouvre : la voici.Va retrouver ton maître , et lamener ici 5 °.

SCENE III.

NÉRON, JUNIE.

NKliON.

Vous vous troublez, madame, et changez de visage!Lisez-vous dans mes yeux quelque triste présage ?

JCNIE.

Seigneur, je ne vous puis déguiser mon erreur ;Jallois voir Octavie , et non pas lttmpereur.

* NÉRON.

Je le sais bien , madame, et nai pu sabs envieApprendre vos bontés pour l'heureuse Oclavie.JUNIE.

Vous, seigneur?

ÉRON.

Pensez-vous, madame, quen ces lieuxSeule pour vous connoître Octavie ait des yeux ?

JIJNIE.

Et quel autre, seigneur, voulez-vous que jimplore ?

A qui drtmanderois-je un crime que jignore?

Vous qui le punissez, vous ne lignorez pas:

De grâce, apprenez-moi, seigneur, mes attentais.NÉRON.

Quoi! madame, est-ce donc une légère offenseDe mavoir si long-temps caché voire présence?

Ces trésors dont le ciel voulut vous embellir,

Les avez-vous reçus pour Jes ensevelir?

Lheureux Britannieus verra-t-il sans alarmesCroître, loin de nos yeux, son amour et vos charmes ?Pourquoi, de cette gloire exclus jusquà ce jour,Mavcz-vous, sans pitié, relégué dans ma cour ?