NOTES DE BRITANNICUS.
passer, qui ne présente qu’une seule idée , commesi ce n’étoit qu'un seul verbe.
45 Envier est ici pris dans le sens de priver.C’est un latinisme dont Racine a eurichi lalangue. On dit , un roi en vie à son peuple lebonheur de le voir, pour faire entendre qu’il ne lelaisse pas jouir de ce bonheur. L"n des bergers deVirgile s’exprime ainsi : « Bacchus envie aux« collines l’ombrage de la vigne :
« Liber pampincas inyidit collibus umbras. »
Encc, déplorant la mort du jeune Pallas, dit :
« Te ne ... . miserande puer...
« Invidit fortuna milii.... »
«Infortuné jeune homme, faut-il que le sort« m’ait envié un ami tel que toi ! »
46 L'amour n 'attend pas toujours la raison , étoitla couatruction nécessaire pour éviter une con-sonnance désagréable. L'excuse de ce vers , c’estqu’il n’y en a pas un autre semblable dans toutela pièce. La Harpe.
Il y a une autre remarque à faire sur ce vers;c’est que par le déplacement du mol pas, le sensest changé. Pas toujours sont deux mots qui selient entre eux de manière à ne pas souffrir deséparation. Si Racine eût mis, L’amour souventn’attend pas la raison, le sens ni l’harmonie n’au-roient souffert. Aignan.
*7 Ce que je pats vous dire, je l’ai vu, pour ,C’est que je l’ai vu. Ellipse très bonne qui rend laphrase plus vive et plu» poétique, Aignan.
49 Ses amours, pris pour la personne qu’on aime,est un terme familier qui ne convient pas au stylesoutenu , à moins qu’il ne soit relevé par ce quil’entoure. Ce vers est un de ceux qu’un voudroitsupprimer : en voilà troisjusqu’ici. La IIarpe. J’o-serois croire que celte expression familière est re-levée ici par rintentiuu que Narcisse y attache,pour enfoncer plus avant dans le cœur de Néronle trait de la jalousie. Aignan.
*9 Le loin, cacophonie. Racine le fils observeque te leur, dans Àndromaque, paroît moins dur .pareeque l'oreille s’accoutume à ce qu’on dit sou-vent. Geoffroy.
50 Des deux infinitifs quise suivent dans ce vers,le second est évidemment répréhensible. Il y aopposition entre l’idée qu’il présente et celle querenferme l’impératif va , qui le gouverne. L’un ex-prime l’action de s'éloigner d’un lieu, et l’autrefaction de s’en approcher. Si le vers l’eût permis,il auroit fallu dire am'ene-le ici. A. Martin.
Ce n’est là qu’une légère inadvertance. Racineauroit pu mettre aisément :
Va retrouver Ion maître, et me l’amène ici. Aignan.
5 1 On a reproché à Racine d’avoir falsifié l’Jiis-toire. L’abbé Dubos ne lui pardonne pas d’avoir faitdeJunie une fille modeste et vertueuse; il lui faitmême un crime de l’avoir présentée sur la scène ,parccqu’à celle époque elle étoit exilée , et ne re*viut à Rome qu’après la mort d’Agrippine. Le
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môme censeur est étonné qu'on produise commeune personne timide, ignorant le monde et la cour,une femme qui, sept ans avant la mort de Britan-nicus, avoiLété mariée à Lucius Vitellius, fils dece fameux Vitellius , favori de Claude , confideutd’Agrippine, et frère du Vitellius qui lut empe-reur. Sans doute la Junie de l’histoire ne fut jamaisaussi sage, aussi intéressante que la Junie de latragédie ; mais il n’est pas défendu au poète defaire ses personnages meilleurs qu’ils n’ont été ,quand l’intérêt théâtral l’exige. Geoffroy.
52 Contredire, dans notre langue, ale régimedirect, soit avec les choses, soit avec les personnes.On contredit un auteur; on contredit les paroles;on contredit l’expérience , etc. Le régime indirectest latin : c.07ilradicere aliciti. Il est clair queRaciuel’a choisi de préférence, puisque l’autre ne le gê-noit en rien. Ce n’est pas la seule fois qu’il faitusage de» latinismes comme d’un moyen de pluspour différencier la poésie et la prose, cl j’avoueque /<?«>• contredire ne me blesse nullement, sansdoute à cause du rapport étymologique, commedans ce beau vers de La Fontaine ;
Celui de qui la tête au ciel étoit voisine.
On oublie qu’en françois on est voisin du ciel, parce-qu’on diroit en latin viclnum cœlo caput. La IIarpe.
65 On dit la majesté, la splendeur d’nn rang,et non pas la clarté, mais ce mol clurté, qui répondà celle nuit profonde , est amené si naturellement,qu’il paroît nécessaire. L. Racine.
5 4 Ses Iwnjieurs abolis , beau latinisme, àignan.
55 Le cours des plaisirs seroit le langage de laprose : la course des plaisirs est l’expression de lapoésie, expression d’autantplus juste et plus bellequ’elle peint mieux la succession rapide des vo-luptés de Néron. Ce vers est un de ceux queGeoffroy a pris à contre-sens, àignan.
56 Le pronom 1rs qui sc trouve dans ce membrede phrase, soigneux de les entretenir, ne devoil passéparer le mut chagrin de son relatif l’effacer, quiest dans le vers suivant. Cela nuit à l’élégance dela construction , et même à la clarté du sens. Re-marquons cependant que , dans.ee contraste saisisi à propos , et rendu eu vers charmants, on aquelque peine à s’arrêter sur cette légère inexac-titude grammaticale. La IIarpe.
On ne diroit pas aujourd'hui s’intéresser danssonsort, comme on le disoit certainement du tempsde Racine, puisqu’il ne tenoil qu’à lui de direcomme on diroit à présent :
Il fie voit à son sort que moi qui s’intéresse.
L’usage a décidé qu’on s’intéresse dans une affaired’argent, dans un coimnercc,dans une entre prise,etc.,pour dire qu’on y a un intérêt pécuniaire ; et qu’ons’intéresse à quelqu’un ou é quelque chose , pour direqu’on y prend un intérêt d’ail'eclion , et il est bonque l’usage ait fixé cette différence. La IIarpe.
58 Ceux qui désapprouvent cette scène, paree-que , disent-ils, s’aller cacher pour entendre uneconversation est un jeu puéril qui ne convient pasau sérieux de la tragédie, ne font pas attention que