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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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184 NOTES DE BRITANNICUS

ce nest pas ici un jeu, mais une cruauté dontNéron seul est capable. I! veut que Junie prononceelle-même à son amant l'arrêt de son bannisse-ment ; elle sera la cause de sa mort. sil lui échappeun geste, un soupir, ou un regard. Quelle situationque celle de Junie, qui sait que Néron lentend etla voit! et quune pareille scène doit exciter lat-tention du spectateur! L. Racine.

6 3 Plusieurs critiques ont condamné parmi ceplaisir : ils pensent que cette préposition ne doitêtre employée que devant un pluriel ou un nomcollectif. Il nous semble cependant quelle peut êtreplacée heureusement avant un singulier, lors-quelle signifie au milieu de. Au moins pouvons-nuusopposcr à la règle sévère de dÜIivet lexemplede nos plus grands poètes : dans son épitre V- Boi-leau se sert de cette expression : des corps rondserrant parmi le vide. Molière , acte V, scène vu delÉcole des Femmes, sexprime ainsi.

Ce mest quelque plaisir parmi tant de tristesse.

Il est vrai que Voltaire a repris Corneille davoirdit, dans Polyeucte , parmi ce grand amour; maislui-même na-L-il pas dit, Ilenriade , chant ix,

Il alla dans Ivry ; , parmi la licence...

On pourroit encore sappuyer do ce vers de LaFontaine :

Une fable avoit cours parmi l'antiquité. A. Martin.

60 Pour me consolent dans ma disgrâce. Ces fi-gures, qui animent tout, constituent la languepoétique , d elles passent ensuite dans la laugueusuelle, quelles agrandissent et vivifient. A.

Cl La césure uuroit été rendue à ce vers, siRacine avoit mis :

Vous qui mavez vous-même avoué mille fois.

Et, comme il lui étoit facile de le faire , on peuten induire que ces petites négligences de versifica-tion éLoient chez lui l'effet dun système, tenantpeut-être à la réforme quil a introduite dans ladéclamation tragique. Aignan.

6:1 Ce vers rappelle celui quon a vu un peuplus haut :

Jentendrai des regards que vous croirez muets.

Cest un nouvel emploi de la même figure , égale-ment admirable dans li s deux vers. On trouvedans Ovide :

« Credidimus lacrymis : an et lue «imulnre docen-« tur ? »

Jai cru vos pleurs : les pleurs ont-ils appris àfeindre ?

Simulare doenntur. qui est ici littéralement tra-duit, est aussi poétique que lhémistiche de Ra-cine , ont appris à se taire, et lui en a peut - êtiefourni lidée. On sait quil marquoit avec uncrayon , dans les classiques anciens , toutes les ex-

pressions figurées dont il croyoit pouvoir enrichirnotre langue. La Harpe.

6 5 Var. Après ce coup, Narcisse, à quoi dois-jemattendre ?

Maïs comme, dans toutes les éditions faitespendant la vie de lauteur, on lit ce vers tel quilest imprimé ici, on ne peut douter que Racinenait mis, à gui dois-je mattendre, et nait préférélexactitude du sens à celle de la grammaire :celte raison , en y ajoutant même celle de leupho-nie . ne paroîtcependant pas suffisante pour justi-fier n n solécisme. Geoffroy.

64 Racine, au commencement de cet acle,supprima , par les conseils de Boileau , une scèneentre Burrhue et Narcisse. Cette scène est rappor-tée dans la Vie qui est à la tète de cette édition.

6 5 Ce vers et le suivant ont été conservés de lagrande scène supprimée entre Burrhus et Nar-cisse.

CE La correction grammaticale exigeroit et denourrir; la préposition doit se répéter avant cha-que infinitif. Mais on ose à peine faire remarquercelte négligence dans une tirade si éloquente. G.

6 7 Elle en veut avoir le fruit, et elle 11e lapoint, observe Louis Racine, parccquelle negouverne pas. Ressentir est pour avoir du ressert-liment, se montrer sensible. On dit très bien ressert-tir une perle, ressentir des injures, ressentir un mal-heur : pourquoi ne diroît-on pas de même ressentirdes crimes, surtout lorsquon en est la victime. G.

Rome ne choisit pas plus Tibère que Né-ron. Livie avoit employé en faveur de sort fils Ti-bère les mêmes manœuvres qu*Agrippine ; et Ta-cite les rapporte avec la même fidélité. Vaine-ment prétendu : hémistiche ibiblc , et qui présenteune idée contraire à l'histoire. Linfortuné Agrip-pa, relégué dans lîle de Planasia, nétoit guèreà portée de prétendre au rang qui lui appartenait,par les droits du sang; et le meurtre de ce petit-fils dAuguste fut le premier acte du régne de Ti-bère. Bans quelques éditions, ou lit :

Se vil exclu dun rang vainement prétendu. G.

6 9 La Harpe observe avec raison que ravale estune expression énergique quil est dommage delaisser vieillir, et qui aura toujours son effet quandelle sera bien placée. Le mot créance, placé unpeu plus loin, devroil egalement être conservé.

A. Martin.

7 0 Inouïe à la cour, ditpresque le contraire dece que Racine a voulu dire. Sa pensée est, Inouïe,même à la cour. Le vers d'ailleurs est saris harmo-nie. Aigxan.

7 1 Racine le fils a raison dobserver que pourson malheur auroit le même sens et «croit moinsélégant. Instruit de mon cœur, etc. , pour, instruitde létat de mon cœur, etc , est une ellipse trèsheureuse et très poétique. Geoffroy.

7 2 Avoir à rendre compte est une phrase faite;on peu t y changer lordre des 1110 Is, et jai compteest une construction vicieuse. Cest le cinquièmevers à ôter de cette pièce. La Harpe.