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BÉRÉNICE,
J’ai voulu vous pousser jusques à ce refus.
C’en est fait, et bientôt vous ne me craindrez plus.N’aUendez pas ici que j’éclate en injures,
Que j’atteste le ciel, ennemi des parjures :
Non : si le ciel encore est touché de mes pleurs ,Jeleprie, en mourant, d’oublier mes douleurs.
Si je forme des voeux contre votre injustice ,
Si, devant que mourir, la triste Bérénice 87Vous veut de son trépas laisser quelque vengeur,Je ne le cherche, ingrat, qu’au fond de votre cœur.Je sais que tant d’amour n’en peut être effacée 5Que ma douleur présente et ma bonté passée»Mon sang qu’en ce palais je veux même verser ,Sont autant d’ennemis que je vais vous laisser :
Et, sans me repentir de ma persévérance ,
Je me remets sur eux de toute ma vengeance.Adieu.
SCÈNE VE
TITUS, PAULIN.tailin.
Dans quel dessein vient-elle de sortir,Seigneur? Est-elle enfin disposée à partir?
TITUS.
Paulin , je suis perdu , j e n’y pourrai survivre !
La reine veut mourir. Allons, il faut la suivre.Courons à son secours.
PAULIN.
Hé quoi.' n’avez-vous pasOrdonné dès tantôt qu’on observe ses pas ?
Ses femmes, à toute heure autour d’elle empressées,Sauront la détourner de ces tristes pensées.
Non, non , tu: craignez rien. Voilà les plus grands
coups y
Seigneur; continuez , la victoire est à vous.
Je sais que sans pitié vous n’avez pu l’entendre ;Moi-même en la voyant je n’ai pu m’eu défendre.Mais regardez plus loin: songez, en ce malheur,Quelle gloire va suivre un moment de douleur,Quels applaudissements l’univers vous prépare,Quel rang dans l’avenir...
TITUS.
Non, je suis un barbare :Moi-même je me hais. Néron , tant détesté ,
N’a point à cet excès poussé sa cruauté 8 8 ,
Je ne souffrirai point que Bérénice expire.
Allons, Rome en dira ce qu’elle en voudra dire.
PAULIN.
Quoi ! seigneur 1
TIXCS.
Je ne sais , Paulin , ce que je dis 8 5 ;L’excès de la douleur accable rues esprits.
PAULIN.
Ne troublez point le cours de votre renommée :Déjà de vos adieux la nouvelle est semée 9 0 ;Borne , qui gèmissoit, triomphe avec raison ;
Tous les temples ouverts fument on voire nom ;
Et le peuple, élevant vos vertus jusqu’aux nues 8Va partout de lauriers couronner vos statues.
TITl 8.
Ah,Borne! Ah, Bérénice! Ah, prince malheureux!Pourquoi suis-je enipereurPPourquoi suis-je amou-reux?
SCÈNE VII.
TITUS, ANTIOCHÜS, PAULIN, AKSACE,
ANTIOCJirS.
Qu’avez-vous fait, seigneur ? l’aimable BéréniceVa peut-être expirer dans les bras de Pliénice.
Elle n’entend ni pleurs, ni conseils , ni raison 92 ;Elle implore à grands cris le fer et le poison.
Vous seul vous lui pouvez arracher cette envie 9On vous nomme, et ce 110m la rappelle à la vie.
Ses yeux, toujours tournés vers votre appartement,Semblent vous demander de moment en moment.
Je 11’y puis résister, ce spectacle me tue.
Que tardez-vous? allez vous montrer à sa vue.Sauvez tant de verlus, de grâces, de beauté,
Ou renoncez , seigneur, à toute humanité.
Dites un mot.
TITUS.
Hélas! quel mot puis-je lui dire?Moi-même, en ce moment, sais-je si je respire 94 ?
SCÈNE VIII.
TITUS, ANTIOCDUS, PAULIN, ABSACE,RUTILE.
RUTILP.
Seigneur, tous les tribuns , les consuls , le sénat,Viennent vous demander au nom de tout l’état.
Un grand peuple les suit, qui, plein d’impatience.Dans votre appartement attend votre présence.
TITUS.
Je vous entends, grands dipux ! vous voulez rassurerCe cœur que vous voyez tout prêt à s’égarer 1
PAULIN.
Venez, seigneur, passons dans la chambre prochaine:Allons voir le sénai.
Ayitocuvs.
Ah ! courez chez la reine.PAULIN.
Quoi I vous pourriez, seigneur, par cette indignité,De l’empire à vos pieds fouler la majesté ?
Borne...
TITUS.
Il suffit, Paulin , nous allons les eulendre.
( à Antiochus. )
Prince , de ce devoir je ne puis me défendre.
Voyez la reine. Allez. J’espère, à mon retour,Qu’elle ne pourra plus douter de mon amour 9 5 .
ACTE CINQUIÈME.
SCÈNE I.
AKSACE.
Où pourrai je trouver ce prince trop fidèle ?Ciel, conduisez mes pas, et secondez mon zèle:Faites qu’en ce moment je lui puisse annoncerUn bonheur où peut-être il n’ose plus penser 9 G J