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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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202

BÉRÉNICE,

Jai voulu vous pousser jusques à ce refus.

Cen est fait, et bientôt vous ne me craindrez plus.NaUendez pas ici que jéclate en injures,

Que jatteste le ciel, ennemi des parjures :

Non : si le ciel encore est touché de mes pleurs ,Jeleprie, en mourant, doublier mes douleurs.

Si je forme des voeux contre votre injustice ,

Si, devant que mourir, la triste Bérénice 87Vous veut de son trépas laisser quelque vengeur,Je ne le cherche, ingrat, quau fond de votre cœur.Je sais que tant damour nen peut être effacée 5Que ma douleur présente et ma bonté passée»Mon sang quen ce palais je veux même verser ,Sont autant dennemis que je vais vous laisser :

Et, sans me repentir de ma persévérance ,

Je me remets sur eux de toute ma vengeance.Adieu.

SCÈNE VE

TITUS, PAULIN.tailin.

Dans quel dessein vient-elle de sortir,Seigneur? Est-elle enfin disposée à partir?

TITUS.

Paulin , je suis perdu , j e ny pourrai survivre !

La reine veut mourir. Allons, il faut la suivre.Courons à son secours.

PAULIN.

quoi.' navez-vous pasOrdonné dès tantôt quon observe ses pas ?

Ses femmes, à toute heure autour delle empressées,Sauront la détourner de ces tristes pensées.

Non, non , tu: craignez rien. Voilà les plus grands

coups y

Seigneur; continuez , la victoire est à vous.

Je sais que sans pitié vous navez pu lentendre ;Moi-même en la voyant je nai pu meu défendre.Mais regardez plus loin: songez, en ce malheur,Quelle gloire va suivre un moment de douleur,Quels applaudissements lunivers vous prépare,Quel rang dans lavenir...

TITUS.

Non, je suis un barbare :Moi-même je me hais. Néron , tant détesté ,

Na point à cet excès poussé sa cruauté 8 8 ,

Je ne souffrirai point que Bérénice expire.

Allons, Rome en dira ce quelle en voudra dire.

PAULIN.

Quoi ! seigneur 1

TIXCS.

Je ne sais , Paulin , ce que je dis 8 5 ;Lexcès de la douleur accable rues esprits.

PAULIN.

Ne troublez point le cours de votre renommée :Déjà de vos adieux la nouvelle est semée 9 0 ;Borne , qui gèmissoit, triomphe avec raison ;

Tous les temples ouverts fument on voire nom ;

Et le peuple, élevant vos vertus jusquaux nues 8Va partout de lauriers couronner vos statues.

TITl 8.

Ah,Borne! Ah, Bérénice! Ah, prince malheureux!Pourquoi suis-je enipereurPPourquoi suis-je amou-reux?

SCÈNE VII.

TITUS, ANTIOCHÜS, PAULIN, AKSACE,

ANTIOCJirS.

Quavez-vous fait, seigneur ? laimable BéréniceVa peut-être expirer dans les bras de Pliénice.

Elle nentend ni pleurs, ni conseils , ni raison 92 ;Elle implore à grands cris le fer et le poison.

Vous seul vous lui pouvez arracher cette envie 9On vous nomme, et ce 110m la rappelle à la vie.

Ses yeux, toujours tournés vers votre appartement,Semblent vous demander de moment en moment.

Je 11y puis résister, ce spectacle me tue.

Que tardez-vous? allez vous montrer à sa vue.Sauvez tant de verlus, de grâces, de beauté,

Ou renoncez , seigneur, à toute humanité.

Dites un mot.

TITUS.

Hélas! quel mot puis-je lui dire?Moi-même, en ce moment, sais-je si je respire 94 ?

SCÈNE VIII.

TITUS, ANTIOCDUS, PAULIN, ABSACE,RUTILE.

RUTILP.

Seigneur, tous les tribuns , les consuls , le sénat,Viennent vous demander au nom de tout létat.

Un grand peuple les suit, qui, plein dimpatience.Dans votre appartement attend votre présence.

TITUS.

Je vous entends, grands dipux ! vous voulez rassurerCe cœur que vous voyez tout prêt à ségarer 1

PAULIN.

Venez, seigneur, passons dans la chambre prochaine:Allons voir le sénai.

Ayitocuvs.

Ah ! courez chez la reine.PAULIN.

Quoi I vous pourriez, seigneur, par cette indignité,De lempire à vos pieds fouler la majesté ?

Borne...

TITUS.

Il suffit, Paulin , nous allons les eulendre.

( à Antiochus. )

Prince , de ce devoir je ne puis me défendre.

Voyez la reine. Allez. Jespère, à mon retour,Quelle ne pourra plus douter de mon amour 9 5 .

ACTE CINQUIÈME.

SCÈNE I.

AKSACE.

pourrai je trouver ce prince trop fidèle ?Ciel, conduisez mes pas, et secondez mon zèle:Faites quen ce moment je lui puisse annoncerUn bonheur peut-être il nose plus penser 9 G J