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ACTE I, SCÈNE II—III.
Ali ! seigneur, est-ce ainsi que votre âiuc attendriePlaint le malheur des Grecs, et chérit la pairie ?ACHILLE.
Dans les champs phrygiens les effets feront foiQui la chérit le plus , ou d’Ulysse ou de moi :Juscjuelà je tous laisse étaler voire zèle ;
Vous pouvez à loisir faire des vœux pour elle.Remplissez les autels d’offrandes et de sang ,
Des victimes vous-même interrogez le flanc ,
Du silence des vents dernaudez-leur la cause;
Mais moi, qui de ce soin sur Calchas me repose ,Souffrez, seigneur, soulfrez que je coure hâterUn hymen dont les dieux ne. sauroient s’irriter.Transporté d’une ardeur qui ne peut être oisive ,Je rejoindrai bientôt les Crées sur celte rive :J’aurois trop de regret si quelque autre guerrierAu rivage trqyen descendoit le premier.
AIIAMIîMNÛN.
O ciel ! pourquoi faut il que ta secréte envieFerme à de tels héros le chemin de l’Asie?N’aunii-je vu briller cette noble chaleurQue pour m’en retourner avec plus de douleur ?
ULYSSE.
Dieux ! qu’est-ce que j’entends ?
ACHILLE.
Seigneur, qu’osez-vous dire ?
AGAMEMNON.
Qu’il faut, princes, qu’il faut que chacun se retire;Que , d’un crédule espoir trop long temps abusés,Nous attendons tes vents qui nous sont refusés.
Le ciel protège Troie; et par trop de présagesSon courroux nous défend d’en chercher les pas-sages 2S .
ACHILLE.
Quels présages affreux nous marque son courroux ?
AGAMEMNON.
Vous-même consultez ce qu’il prédit de vous.
Que sert de se flatter? On sait qu’à votre têteLes dieux ont d’Ilion attaché la conquête ;
Mais on sait qne.pourprix d’un triomphe si beau,Ils ont aux champs troyens marqué votre toinLeau:Que votre vie , ailleurs et longue et fortunée ,Devant Troie en sa fleur doit être moissonnée-
ACHILLE.
Ainsi, pour vous venger , tant de rois assemblésD'un opprobre éternel retourneront comblés;
Et Pâlis, couronnant son insolente flamme ,Retiendra sans péril la sœur de votre femme !
AGAMEMNON.
lié quoi! voire valeur, qui nous a devancés ,N’a-t-elle pas pris soin de nous venger assez ?
Les malheurs de Lesbos , par vos mains ravagée ,Epouvantent encor toute la mer Égée :
Troie eu a vu la flamme; et jusquo dans ses portsLes flots en ont poussé les débris et les morts.
Que dis-je? les Troyens pleurent une autre HélèneQue vous avez captive envoyée à Mycéne :
Car, je n’en doute point, cette jeune beautéGarde en vain un secret que trahit sa fierté ;
Et son silence même , accusant sa noblesse ,
Nous dit qu’elle nous cache une illustre princesse,
, ACHILLE.
Non . non , tous ces détours sont trop ingénieux :Vous lisez de trop loin dans les secreis des dieux.
Moi, je tn’arrêterois à de vaines menaces!
El je fuirois l’honneur qui m’attend sur vos traces!Les Parques à ma mère , il est vrai, l’ont prédit,Lorsqu’un époux mortel fut reçu daus son lit :
Je puis choisir, dit-on, ou beaucoup d’ans sans gloire,Ou peu de jours suivis d’une longue mémoire.
Mais, puisqu’il faut enfin que j’arrive au tombeau,Voudrois-je , de la terre inutile fardeau 24 ,
Trop avare d'un sang reçu d’une déesse ,
Attendre chez mon père une obscure vieillesse ;
Et, toujours de la gloire évitant le seutier ,
Ne laisser aucun nom , et mourir tout entier 25 ?
Ah ! ne nous formons point ces indignes obstacles;L’honneur parle , il suffit : ce sont là nos oracles 2 . 6 .
Les dieux sont de nos jours les maîtres souverains;Mais, seigneur, notre gloire est dans nos propresmains.
Pourquoi nous tourmen 1er de leurs ordres suprêmes ?Ne songeons qu’à nous rendre immortels commeeux-mêmes ;
Et, laissant faire au sort, courons oîj la valeur 71Nous promet un destin aussi grand que le leur.
C’est à Troie, cl j’y cours: et, quoi qu’on me prédise ,Je ne demande aux dieux qu’un vent jjui m’y conduise;Et quand moi seul enfmjj^udroii l’iftsieger,
Palroelc et moi, seigneur, nous irons vous venger.
Nais non, c'est errNos mains que le çlestin la livre ;
Je n’aspire en effet qu’à l’honneur de vous suivre.
Je ne vous presse plu» d’approuver les transportsD’un amour qui m'alloit éloigner de ces bords ;
Ce même amour, soigneux de votre renommée,
Veut qu’iei mou exemple encourage l’armée,
Et me défend surtout de vous abandonnerAux timides conseils qu’on ose vous donner.
SCÈ'VE III.
AGAMEMNON, ULYSSE.
ULYSSE.
Seigneur, vous entendez : quelque prix qu’il encoûte,
Il veut voler à Troie et poursuivre sa roule.
Nous craignions son amour : et lui-même aujourd’huiPar une heureuse erreur nous arme contre lui.
AGAMEMNON.
Hélas!
ULYSSE.
De ce soupir que faut-il que j’augure ?
Du sang qui se révolte est-oe quelque murmure ?Croirai-je qu’une nuit a pu vous ébranler?
Kst-ce donc votre cœur qui vient de nous parler ?Songcz-y : vous devez votre fille à la Grèce :
Vous nous l’avez promise ; et, sur celte promesse,Calchas, par tous les Grecs consulté chaque jour,Leur a prédit des vents l’infaillible retour.
A ses prédictions si l’effet est contraire ,
Pensez-vous rftie Calchas continue à se taire ;
Que ses plaintes, qu’en vain vous voudrez apaiser,Laissent mentir les dieux sans vous en accuser?
Et qui sait ce qu’aux Grecs,frustrés de leurvietimc ,Peut permettre un courroux qu’ils croiront légitime?Gardez-vous de réduire un peuple furieux ,
Seigneur, à prononcer entre vous et les dieux