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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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ACTE HT, SCENE I — III.

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Le traître , il insultoil à ma confusion ; j

Et tout ie peuple même , avec dérision j

Observant la rougeur qui couvroit mon visage . I

De ma chute certaine en tiroit le présage.

Roi cruel, ce sont là les jeux où lu te plais lTu ne m’as prodigue tes perfides bienfaitsQue pour me faire mieux sentir ta tyrannie,

Et m'accabler enfin de plus d’ignominie.zarls.

Pourquoi juger si mal de son intention ?

Il croit récompenser uue bonue action.

Ne faut-il pas, seigneur , s’étonner au contraireQu'il en ait si long-temps différé le salaire ?

Du reste, il n’a rien fait que par votre conseil.Yuusmême avez dicté tout ce triste appareil :

Vous êtes après lui le premier de l’empire.

Sait il toute l’horreur que ce Juif vous inspire ?

AM.1V.

Il sait qu’il me doit tout,et que.pour sa grandeur^",

J’ai foulé sous les pieds remords, crainte, pudeur; !Qu’avec un cœur d’airain exerçant sa puissanceJ’ai fait taire les lois et gémir l’innocence ;

Que pour lu:, des Persans bravant l’aversion ,

J’ai chéri, j'ai cherché la malédiction:

.El, pour prix de ma vie à leur haine exposée,

Le barbare aujourd’hui m’expose à leur risée !

ZAltks.

Seigneur, nous sommes seuls.Qne sert de se flatter?

Ce zèle que pour lui vous files éclater ,

Ce soin d'immoler tout à son pouvoir suprême,

Entre nous, avoient-ils d’autre objet que vous-même ?Et, sans chercher plus loin .tous ces Juifs désolés ,N’est-ce pas à vous seul que vous les immolez?

Et ne craignez-vous point que quelque avis funeste...Enfin la cour nous hait, le peuple nous déleste.

Ce Juif même, il le faut confesser malgré moi ,

Ce Juif, comblé d’honneurs, me cause quelque effroi.Les malheurs sont souvent enchaînés l’un à l’autre,

Eisa race toujours fut fatale à la vôtre.

De ce. léger affront songez à profiler.

Peut-être la fortune est prête à vous quitter;

Aux plus affreux excès son inconstance passe :Prévenez son caprice avant qu’elle se lasse.

Où tendez-vous plus haut ? Je frémis quand je voiLes abîmes profonds qui s’offreut devant moi :

La chute désormais ne peut être qu’horrible.

Osez chercher ailleurs un destin plus paisible :Regagnez ITIellespont et ces bords écartésOù vos aïeux errants jadisfurenl jetésLorsque des Juifs contre eux la vengeance alluméeChassa tout Amalec de la triste Iduinée*'".

Aux malices du sort enfin dérobez-vous.

Nos plus riches trésors marcheront devant nous :

Vous pouvez du départ me laisser la conduite ,

Surtout de vos enfants j'assurerai la fuite.

N’ayez soin cependant que de dissimuler.

Contente, sur vos pas vous me verrez voler :

La mer la plus terrible et la plus orageuseEst plus sûre pour nous que celle cour trompeuse.

Mais à grands pas vers vous je vois quelqu’un marcher:C’est Ilydaspe.

SCÈNE II.

AMAN, zakès . HYBASPE.

oypaspe , à Aman.

Seigneur, je courais vous chercherVotre absence en ces lieux suspend toute la joieEt pour vous y conduire As&uérus m’envoie.

AMAN.

Et Mardochèe est il aussi de ce festin ?

IIYDASPE.

A la table d’Eslher portez-vous ce chagrin?

Quoi! toujours de ce Juif l’image vous désole?Laissez-le s’applaudir d’un triomphe frivole.Croit-il d’Assuérus éviter la rigueur?

Ne possédez-vous pas sou oreille et son cœur?

On a payé le zèle, on punira le crime;

Et l’on vous a, seigneur, orné votre victime.

Je me trompe, ou vos vœux par Estber secondésObtiendront plus eu cor que vous ne demandez.

AMAN.

Croirai-jc le bonheur que ta bouche m’annonce ?

IIYDASPE.

J’ai des savants devins entendu la réponse:

Ils disent que la main d’un perfide étrangerDans le sang de la reine est prête à se plonger.

Et le roi , qui ne sait oii trouver le coupable ,N’impute qu’aux seuls Juifs ce projet détestable.

AMAN.

Oui, ce sont, cher ami, des monstres furieux :

Il faut craindre surtout leur chef audacieux.

La terre avec horreur dès long-temps les endure :Et l’on u’en peut trop tôt délivrer la nature.

Alil je respire enfin. Chère Zarès , adieu.

HYDASPE.

Les compagnes d’Eslher s'avancent vers ce lieu 01 ;Sans doute leur coDcert va commencer la fêle.Entrez , et recevez l’honneur qu’on vous apprête.

SCÈNE III.

ÉLISE, lb cnecuR.

(Ceci se récite sans chant.)

UNE DES ISRAÉLITES*

C’est Aman.

UNE AUTRE.

C’est lui-même , et j'en frémis , ma sœur.

I.A PREMIÈRE.

Mon cœur de crainte et d’horreur se resserre.l’a ETRE.

C’est d’Israël le superbe oppresseur.

LA PREMIÈRE.

C’est celui qui troubtc la terre.

ÉLISE.

Peut-on , en le voyant, ne le connoître pas!L’orgueil et le dédain sont peints sur sou visage.

UNE ISRAÉLITE.

On lit dans ses regards sa fureur et sa rage.

UNE ACTKK.

Je croyois voir marcher la mort devant ses pas.