NOTES D’ESTHER.
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18 Racine avoit oublié qu’il avoit déjà mis cever», moi pour mot, dans la bouche d’OEuoue,Phèdre , act. IV, sc. m- Geoffroy.
19 Le fer ne connoîtra : figure si naturelle, siheureuse , et si bien placée , qu’à peine en sent-onla hardiesse extraordinaire. Homère cependant aélu encore plus hardi; il prêle au fer du guerrierle désir de percer le corps de L’ennemi :
AtAatotASVOç }(pooç Geoffroy.
2 ° La mer fuit est une image empruntée dupsaume cxrn, vers. 3 : Mare vidit et fugit. Le cieltremble est une idée d’Homère que Virgile etOvide ont imitée. Remarquons que ce vers, dontThaï manie est si forte , est composé tout entier demonosyllabes, à L’exception du mot tremble , dontla deuxième syllabe est étoulïée par Ve muet. G-
21 Traduction littérale de ce verset d’Isaïe :•Omnes gentes quasi non sint, sic sunt coram» eo. » ( Cap. xl. ) Geoffroy.
22 On sait que Racine avoit en vue l’institutionde Saint-Cyr lorsqu’il plaça dans sa pièce les chœursdes jeunes Israélites. Le sujet de lui-même se prê-toit merveilleusement à l’allusion , puisque l’Écri-ture dit expressément qu’Eslher avoit des compa-gnes de la même religion qu’elle. A. Martin.
Jï Répudier son époux et son père : manièreénergique d’exprimer que la nation juive a renoncéà son Dieu. Celle hardiesse est d’autant plus heu-reuse, que Sion est toujours présentée , dans l’E-criture, comme l’épouse que Dieu avoit choisie.Chez les Juifs, répudier c’étoit renoncer à safemme. Ce droit ne pouvoit être exercé que parle mari. Ici la puissance de répudier est attribuéeà l’épouse contre son mari, et ce qui est encoreplus lundi, contre son propre père. Toute autreexpression eût aiVoibli l'idée du poète. C’est uncrime de renier son Dieu .alors on ne croit plus :mais le répudier , c’est y croire et y renoncer. Il ya à la fois mépris et ingratitude. A. Martin.
24 La répétition de ces deux vers est touchante.Racine ne se contente pas de varier la mesure deses vers, il varie aussi le ton. Après la peinturehorrible du carnage, il peint un enfant qui seplaint. Ces différents contrastes servent beaucoupà animer le style. L. nu Roisiermain.
25 On dit prendre la défense de quelqu’un; oïl ditaussi prendre quelqu’un sous sa protection; maïsprendre sous sa défense n’a point etc reçu par l'u-sage. Rien de plus commun que des termes quiparoissenl être synonymes , et qui ne peuvent ce-pendant être mis l’un pour l’autre, soit avec lesmêmes préqtosilions, soit avec les mêmes verbes.
D'Olivejt.
25 II est curieux et instructif d’observer avecquel art deux grands poètes, ayant à rendre lamême idée dans des sujets différents , ont su choi-sir la couleur la plus convenable, et I liai mouiepropre au sujet. Les vers de Racine, qui sont uneimprécation contre les méchants, respirent unton plus véhément * une harmonie plus vigoureuseet plus ficre que ceux de Jean-Baptiste Rousseau ,qui n'expriment qu’une plainLe louchante , cl
dont la teinte doit être douce et mélancolique :
Et votre souffle m’enlèveDe la terre des vivants.
Comme la feuille séchée,
Qui, de sa tige arrachée ,
Devient le jouet de» vents.
Gant. d’Ezéciius. Geoffroy.
27 Ce vers admirable est parfaitement dans lestyle oriental. Les por tes jouent un grand rôle dans1’Orieul , où il est si ditlicile d’approcher de cellesqui renferment le» rois et les grands. De plus,chez les Juifs, les juges rendoient la justice auxportes des villes : c’est ce qui fait que cetle phrase,les portes de la fille de Sion, de Jérusalem , revientsi souvent dans l’Écriture. Mais celle des portesqui n’oèèisse?il qu’à un seul homme, n’est qu’aupoète qui l’a trouvée. La Harpe.
28 Ou a jusqu’ici excusé dans ce vers une pré-tendue faute de grammaire , en faveur de la viva-cité du tour; mais, eu examinant mieux la chose,je trouve que la grammaire est ici d’accord avecla poésie, et qu’il est plus correct de dire qui lefuit que qui le, fuyait: le sommeil fuit encore As-suérusau moment où parle Hydaspe Geoffroy.
29 Cet usage des rois de Perse , qui prenoientsoin de conserver la mémoire de ce qui se passoitde plus mémorable sous leur règne , est attesté parHérodote , liv. VIII et par Thucydide, liv I. G.
30 On a déjà vu, dans la préface A'Esther, que
Racine avoit adopté de doin Calmet et
de quelque» autres savants interprètes, qui pensentqu'Assuorus est le même que Darius, fils d’Hys-taspe. Si l’on en croit Hérodote (liv. III), laruse, plus que le sort, contribua à placer ceprince sur le trône de Perse. Geoffroy.
31 Voltaire affoiblit ce tour, en ôtant l’inversion,lorsqu’il fait dire à son Mahomet, acte II, sc. v :
El je verrois leurs fronts attachés à la terre. G.
sa Comme ce vers est coupé par ce mot foutpâle , dont l’effet est pittoresque à l’imagination età l’oreille 1 La Harpe.
33 Ce vers est une réminiscence du vers suivantde Bajazet :
Toi, qui dans ce palais sais tout ce qui se passe.
54 II faut admirer l’énergique brièveté de cevers, et l’opposition hardie qui nous fait voir danscelui qui gouverne l’empire le même homme quiy fut vendu connue esclave. Ce n’est pas là uneantithèse puérile , mais un contraste frappant. Onne peut dire plus en moins de mots. Geoffroy.
55 II faut permettre aux poètes de mettre tandisque au lieu de tunt que, quand cela leur est com-mode. C’est ainsi que Voltaire a dit:
Celui que, par deux fois, mon père avoit vaincu ,Et qu’il tint enchaîné tandis qu'il a vécu.
Mais il ne faut pas oublier que ces deux mots nesont pas synonymes, et ne disent point du tout la