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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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DE TRADUCTIONS.

adonné à lélude de la sagesse. Cest pourquoiils ont Jour demeure hors de lenceinte des villes,c'est-àdire dans de grands jardins ou dans descampagnes désertes dont ils recherchent la soli-tude , non point par un esprit sauvage et une aver-sion des hommes, maisparcequib savent combienla conversation de ceux dont, la vie est si dissem-blable à la leur est importune et dangereuse.

Cette secte est répandue en plusieurs endroitsde la terre ; aussi est-il bien juste et que les Grecset que les Barbares ne soient point privés de la vuedune si extraordinaire vertu. Mais il ny a point depays ils soient en si gvand nombre que dans lesprovinces dEgypte, et principalement aux envi-rons dAlexandrie.

Ceux dentre eux qui sont les plus éminents ensainteté sont envoyés de toutes parts, ainsi qu'uneespèce de colonie, en un lieu quils regardentcomme leur véritable patrie, et qui est umt-à-fait propre pour la vie quils mènent. Il est situéau-dessus de létang Mœris , sur une colline assezplate et a«sez étendue , et il ne peut être plaeé pluscommodément si lon regarde la sûreté du lieu etla bonté de lair que l'on y respire. Je dis que l'ony est en sûreté , à cause du grand nombre des mai-sons et des bourgades dont il est environné; etquanta la pureté de lair, elle provient des va-peurs continuelles qui sélèvent de cet étang et dela mer qui en est proche , et dans laquelle il sedécharge. Cor les vapeurs de la mer étant aussisubtiles que celles de cet étang qui sy déchargesont épaisses, il sen fait un mélange qui rend latempérature de cet air extrêmement saine.

Leurs logements sont fort simples, et ils neleur servent que pour deux choses dont ils ne peu-vent se passer, c'est-à-dire pour les défendre tantde la chaleur du soleil que de la froideur de lair.Ils ne sont pas fort proches les uns des autres,comme dans les villes ; car les voisinages sont tou-jours importuns et désagréables à ceux qui aimentet recherchent la solitude avec lant dardeur. Il»ne sont pas non plus fort éloignés, parcequils seplaisent à vivre en communauté , et quils veulentse pouvoir secourir les uns les autres , sils étoientattaqués par des voleurs.

Ils ont chacun un lieu particulier et sacré, quilsappellent un oratoire ou cabinet, dans lequel ilsse retirent pour sinstruire en Secret dans les mys-tères de leur vie toute doraison. Ils ny portent niboire ni manger , ni t ien de tout ce qui est néces-saire pour le besoin du corps, mais seulement leslois et les oracles qui sont sortis de la bouche desprophètes, les hymnes et toutes les autres chosesqui peuvent servir à laccroissement et à la perfec-tion de leurs connoissanees et de leur piété.

Le souvenir de Dieu est continuellement gravédans leur pensée, jusque quétant endormis ilsne s'entretiennent dans leurs songes que de sesbeautés et de sa grandeur, et qu'il y en » mêmebeaucoup qui, en expliquant les choses qui se pas-sent alors en leur imagination, font entendre desparoles dune philosophie très sainte et très excel-lente.

Us ont coutume de plier deux fois le jour, aumatin et au soir, cest-à-dire que quand le soleil

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se lève ils demandent à Dieu quil leur rende lajournée véritablement heureuse, et quil remplisseleur esprit de la divine lumière : de même quelorsquils se couchent ils demandent encore à Dieuque, leur âme étant déchargée du fardeau des senset des choses sensuelles, elle poisse être renferméeen cile-uiême, afin que, jouissant dun parfait re-pos , elle s'applique tout entière à la recherche dela vérité.

Tout le reste du temps qui est entre le matin etle soir est consacré à la lecture et à la méditation.Car ils lisent les saintes Écritures , et ils sexercentdans létude des préceptes de sagesse quils ont re-çus de leurs pères, croyant que les secrets de lanature y sont cachés sous desparnles mystérieusesdont leurs pères se sont servis pou; - en enseignerla connoissaucc.

Ils ont des livres de leurs anciens, qui. ayantété comme les pan iarelies de leur secte, leur ontlaissé plusieurs mémoires de la doctrine de ces al-légories, quils regardent comme des originaux etdes modèles , par l'imitation desquels ils se confor-ment au véritable esprit de leur secte; car ils nese contentent pas de méditer seulement sur les ou-vrages des autres, mais ils composent eux-mêmesplusieurs hymnes et plusieurs cantiques à lalouange de Dieu , y faisant entrer d* loutes sonesde cadences et de mesures , et les embellissant derimes qui les font paroîti e beaucoup plus pompeuxet plus vénérables.

Les autres six jours de la semaine, ils de-meurent chacun en leur particulier , en étudiantdans ces petits cabinets dont nous avons parlé,sans sortir le moins du monde hors de la porte, etsans regarder au dehors par quelque lieu que cepuisse être. Mais, le jour du sabbat , ils viennenttous ensemble comme en une eoraumne assem-blée, cl s'asseyent , selon leur âge, avec une hon-nête contenance, tenant leurs mains sous leurmanteau. Lors, celui dentre eux qui est le plusancien , et qui a le plus de connoissance de leurdoctrine, savance au milieu de tous , et leur parleavec un visage et une voix grave, ne disant rienquavec prudence et avec jugement, et ne sarrê-tant point à faire ostentation de son éloquence ,comme ces orateurs et ces sophistes que nousvoyons aujourdhui, mais songeant seulement àbien expliquer et à faire bien comprendre le vraisens de ses pensées ; et ainsi ses paroles ne frap-pent pas seulement les oreilles de ses auditeurs,mais elles y trouvent un chemin par elles pas-sent jusquau fond de leur âme , poury demeureréternellement gravées. Cependant tous les autreslécoutent en un profond silence, ne lui témoignantleur approbation que par quelque clin dœil oupar quelque mouvement de tête.

Cette salle publique , dans laquelle ils sassem-blent tous les jours de sabbat, est divisée en deuxdifférents appartements, lun des hommes et lau*Lie des femmes ; car elles assistent aussi de touttemps à leurs assemblées, et nembrassent pas cegenre de vie avec moins d'ardeur et de zèle queles hommes. I.a muraille donc qui les sépare s élève de terre environ trois ou quatre coudées dehaut, en forme dune petite cloison, le reste de-