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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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CORRESPONDANCE

ENTRE RACINE ET BOILEAU.

TROISIÈME RECUEIL.

AVERTISSEMENT DE LOUIS RACINE.

On verra, dans les {«tires suivantes , tout com-mun entre les deux hommes qui s’écrivent, amis,intérêts, sentiments et ouvrages. On verra aussimon père plus occupé , à la cou r, de Boileau quede lui-même. Cette union, qui a duré près dequarante ans, n'a jamais été un seul jour re-froidie.

Les premières lettres furent écrites dans letemps que Boileau étoit allé à Bourbon , où lesmédecins l’avoicrft envoyé prendre les eaux: re-mède assez bizarre pour une extinction de voix.Il l’avoit perdue entièrement, et toul-à-eoup, àla fin d’un violent rhume. : et se regardant commeun homme inutile au monde , il s’abandonnoit àsou affliction. Mon père le consoloit, en l’assurant

LETTRE I.

BOILEAU A RACINE.

Auteuil, 19 mai 1687.

Je voudrois bien pouvoir vous mander que mavoix est revenue , mais la vérité est qu’elle est aumême état que vous l’avez laissée , et qu’elle n’esthaussée ui baissée d’un tou. Rien ne peut la fairerevenir; mon ânesse y a perdu son latin, aussibien que tous J es médecins.’La diil'érence qu’il ya entre eux et elle , c’est que son lait m’a engraisséet que leurs remèdes me dessèchent. Ainsi, moncher monsieur, me voilà aussi muet et aussi cha-grin que jamais. J’auroi* bon besoin de votre vertu,et surtout de. votre vertu chrétienne pour me con-soler; mais je n’ai pas été élevé , comme vous,dans le sanctuaire de la piété, et, à mon avis ,une vertu ordinaire ne sauroit que blanchir contreun aussi juste sujet do s’affliger qu’est le mien. Ilme faut de la grâce , et de la grâce augustiniennela plus efficace pour m’empêcher de me désespé-rer ; car je doute que la grâce molinienne , la plussuffisante, suffise pour me soutenir dans l’abatte-ment où je suis. Vous ne sauriez vous imaginer àquel excès va cet abattement, et quel mépris ilm’inspire pour toutes Jes choses de la terre , sans

qu’il relrouveroil la voix comme il Tavoil perdue,et qu’au moment où il s’y attendrait Je moins ellereviendroit. La prédiction 'fut véritable: h-s remodes ne firent rien ; et la voix , six mois après,revint tout-à coup.

Les autres lettres sont presque toutes écritesdans le temps que mon père suivoit le roi dansses campagnes. Boileau ne pouvant, à cause de lafoiblesse de sa santé, avoir le même honneur, soncollègue dans l’emploi d’écrire cette histoire avoitattention de l’instruire de tout ce qui sc passoit. Illui écrivoit à la hâte , et Boileau lui répondoit demême. Ces lettres, dans lesquelles ils ne cher-chent point l'esprit, font connoîlre leur coeur*

néanmoins (ce qui est de fâcheux) m’inspirer unassez grand goiît des choses du ciel. Quelque in-sensible pourtant qu’il m’ait rendu pour tout cequi se passe ici bas, je ne suis pas encore indiffé-rent pour la gloire du roi. Vous uie ferez doncplaisir de me mander quelques particularités deson voyage, puisque tous ses pas sont historiques,et qu’il ne fait rien qui ne soit digne , pour ainsidire , d’ètre raconté à tous les siècles. Je vous au-rai aussi beaucoup d obligation , si vous voulez enmême temps m’écrire des nouvelles de votre santé.Je meurs do peur que votre mal de gorge ne soitaussi persévérant que mon mal de poitrine?. Sicela est, je n’ai plus d’espérance d’être heureux,ni par autrui, ni par moi-même. On me vient dedire que Furclière a été à l'extrémité, et que, parl'avis de son confesseur, il a envoyé quérir tous lesacadémiciens offensés dans son factum, et qu’il leura fait une amende honorable dans les formes, maisqu’il se porte mieux maintenant. J’aurai soin dem’éclaircir de la oboae , cl je vous en manderai ledétail. Le P. Souvenin 1 a dîné aujourd’hui chezmoi, cl m’a fort prié de vous faire ses recomman-dations. Je vous les fais donc, et en récompense,je vous conjure de faire bien les miennes au cherM. Félix 2 . Pourquoi faut-il que je ne sois pas aveclui cl avec vous, ou que je n’aie pas du moins unevoix pour crier encore contre la fortune qui m'aenvié ce bonheur? Dites bien aussi à M. le marquis