SUR OEDÏPE. ; ;
a îa richesse de la rime toutes les autres beautésde la poéíìe, et cju’oa cherche plutôt à plaireà l’oreille qu’au cœur et à l’csprit. On poussemémo la tyrannie jusqu a exiger qu’on rime pourles yeux encore plus que pour les oreilles. Je/crois , j’abnerois etc. ne se prononcent pointautrement que traits et attraits : cependant onprétend que ces mots ne riment point ensemble,parcs qu’un mauvais usage veut qu’oii les écrivedifféremment. M. Racine avait mis dans son.Andromaque :
M’en croirez-vous ? Lassé de ses trompeurs attraits,
Au lieu de l’eulever, Seigneur, je la fuírois.
Le scrupule lui prit, et il ôta la rim c fuir ois quime parait, à ne consulter que l’oreille, beaucoupplus juste que celle de jamais qu’il lui substitua.
La bizarrerie de l’usage, ou plutôt des hommesqui 1’établissent, est étrange fur ce sujet comme surbien d’autres. On permet que le mot abhorre , quia deux r , rime avec encore qui n’en a qu’une. Parla même raison, tonnerre et terre devraient rimeravec père et mère : cependant on ne le souffre pas,et personne ne réclame contre cette injustice..
II me paraît que la poésie française y gagneraitbeaucoup, si l’on voulait secouer le joug de Cetusage déraisonnable et tyrannique. Donner auxauteurs de nouvelles rimes, ce serait leur donner denouvelles pensées ; car l’astujettissement à la rimefait que souvent on ne trouve dans la langue qu’unseul mot qui puiffe finir un vers : on ne dit presquejamais ce qu’on voulait dire ; on ne peut se servir