LETTRES
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banni ìes chœurs. C’est comme si, dans une mêmepièce, on voulait que nous missions Paris, Londreset Madrid fur le théâtre , parcs que nos pères enusaient ainsi lorsque la comédie fut établie enFrance.
M. Racine , qui a introduit des chœurs dansArhaiie et dans Esther, s’y est pris avec plus deprécaution que les Grecs; il ne les a guère faitparaître que dans les entr’actes ; encore a-t-il eubien de la peine à le faire avec la vraisemblancequ’exige toujours Parc du théâtre.
A quel propos faire chanter une troupe de juives,loxías Esther a raconté ses aventures à Elise? IIfaut nécessairement, pour amener cette musique,qu 'Esther leur ordonne dc lui chanter quelque air.
[ Mes filles, chantez-nous quelqu’un de ces cantiques...
Je ne parle pas du bizarre assortissement duchant et de la déclamation dans une même scène :mais du moins il faut avouer que des moralitésmises en musique doivent paraître bien froides,après ces dialogues pleins de passion qui font lecaractère de la tragédie. Un- chœur serait bienmal venu après la déclaration de Phèdre , ou aprèsla conversation de Sévère et de Pauline.
Je croirai donc toujours, jufqu’à ce que levé-nement me détrompe, qu’on ne peut hasarder lechœur dans une tragédie qu’avec la précaution dei’introdtiire à son rang, et seulement lorsqu’il estnécessaire pour l’ornement de la scène : encore n’ya-t-il que très-peu de sujets où cette nouveautépuisse être reçue. Le chœur serait absolument