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de protections que j’obtins qu’on jouerait Oedipe.II y avait un acteur nommé Qtánauìt , qui dittout haut, que pour me punir de mon opiniâtreté ,il fallait jouer la pièce telle qu’elle était, avec cemauvais quatrième acte tiré du Grec. On meregardait dailleurs comme un téméraire d’osertraiter un sujet où P, Corneille avait íi bien réussi.On trouvait alors l’Oedipe de Corneille excellent ;je le trouvais un fort mauvais ouvrage, et je nasalsle dire : je ne le dis enfin qu’au bout de dix ans,quand tout le monde est de mon avis.
II faut souvent bien du temps pour que justicesoit rendue. On l’a faite un peu plutôt aux deuxOedipes de M. de la Motte, L.e révérend père deTournemine a dû vous communiquer la petitepréface dans laquelle je lui livre bataille. M. de laMotte a bien de l’esprit : il est un , peu comme cetathlète grec, qui, quand il était terrassé, prouvaitqu’il avait le dessus,.
Je ne fuis de son avis fur rien ; mais vous m’avezappris à Faire une guerre d’honnéte homme. J’écrisavec tant de civilité contre lui, que jej’ai demandélui-même pour examinateur de cette préface , oùje tâche de lui prouver son tort à chaque ligne ; etil a lui-mëme approuvé ma petite dissertationpolémique. Voilà comme les gens de lettres de-vraient fe combattre ; voilà comme ils ■en useraient,s’ils avaient été à votre école ; mais ils font d’ordi-naire plus mordans que des avocats, et plus em-portés que des jansénistes- Les lettres humainesfont devenues très-inhumaines. On injurie, oncabale , on calomnie, on fait des couplets. 11 est