historique et critique, 95
II ne faut pas s’étonner après cela si les histo-riens ont pris le parti du vainqueur contre levaincu. Ceux qui ont écrit l’histoire en Espagneet en France n’ont pas été des Tacites ; et M.Horace Walpole, envoyé d’Angleterre en Etpa-gne , a eu bien raison de dire, dans ses doutes furRichard III , comme nous savons remarquéailleurs : Qiiand un roi heureux accuse ses en-nemis , tous les historiens s'emprejsent de luiservir de témoins. Telle est la faiblesse de tropde gens de lettres ; non qu’ils soient plus lâcheset plus bas que les courtisans d’un prince criminelet heureux, mais leurs lâchetés font durables.
Si quelque vieux leude de Charlemagne s'avi-sai t autrefois de lire un manuscrit de Frédegaìre ,ou du moine de St Gall, il pouvait s’écrier : Ah,le menteur! mais il s’en tenait là; personne nerelevait l’ignorance et l’absurdité du moine : ilétait cité dans les siècles suivans ; il devenait uneautorité , et Hom Ruinait rapportait son témoi-gnage dans ses actes sincères. C’est ainsi que toutesles légendes du moyen âge font remplies des plusridicules fables ; et l’histoire ancienne assurémentn’en est pas exempte.
Ceux qui mentent ainsi au genre humain fontencore animés souvent par la sottise de la rivaliténationale. II n’y a guère d’historien anglais quiait manqué l’occasion de faire la satire des Fran-çais j et quelquefois avec un peu dç grossièreté.