EPITRE
*20
Un certain charlatan, qui s’est mis en crédit,Prétend, qu’i son exemple, on n’ait jamais d’esprit.Tú n’y parviendras pas, apostat d’Hippocrate :
Tu guérirais plucòt les vapeurs de ma rate.
Va, cesse de vexer les vivans et les morts ; '
Tyran de ma pensée , assassin de mon corps ,
Tu peux bien empêcher tes malades de vivre,
Tu peux les tuer tous, mais non pas un bon livre.Tu les brûles, Jérôme; et de ces condamnésla flamme , en m’éclairant, noircit ton vilain nez. (4)Mais voilà, me dis-tu, des phrases mal-sonslantes,Sentant son philosophe , au vrai même tendantes.
Hé bien , réfute-les; n’est-rc pas ton métier ?ïíe peux-tu comme moi barbouiller du papier?
Le public à profit met tontes nos querelles jDe nos cailloux frottés il fort des étincelles ,
La lumière en peut naître ; et nos grands éruditsNe nous ont éclairés qu’en étant contredits.SiíHez-moi librement, je vous le rends, mes frères.Sans le droit d'ex amen et fans des adversairesTout languit co m me à Rome,où depuis huit cents ans (;)Le tranquille esclavage écrasa les talens.
(4) Il s’agit ici de Van - Switten, premier médecin del’impératrice • reine. II s’était fait inquisiteur des livres,et passait pour entendre au Oì parfaitement la médecinepréiervatrice des âmes , qu’iî entendait mal la médecinecurative des corps. li s’occupait fur-tout d’empêcher lesoeuvres de M. de Voltaire de pénétrer dans la ville impé-riale. C’était d’allieurs un homme assez savant, et dontles compilations peuvent être utiles, quoiqu’il n’eût au-cune philosophie, ni aucune connaissance des découvertesphysiques faites de nos jours.
(S) . ou depuis huit cents stns ,
On ne voit pas en effet depuis ce temps un seul livreécrit à Rome, qui soit un ouvrage de génie, et qui entredans la bibliothèque' des hâtions. Les Dante , les Pétrar-que, les Eùcacc , les Machiavel, les Guichardin , les Bojar-4 t , les Tajfs , les Arìofle ne furent point romains.