78 ELOGE DE TURENNE.
«emment de la perte de ce grand-homme. On saitles honneurs que le roi fit rendre à fa mémoire,et qu’il fut enterré à S 1 Denis comme le connétableAu Guesclin , au-dessus duquell’opinion.généralel’élève autant que le siècle de Turewne est supé-rieur au siècle du connétable.
Turenne n’avait pas eu toujours des succèsheureux à la guerre ; il avait été battu à Maricn-dal, àRétel, à Cambrai; aussi disait-il qu’ilavait fait des fautes, et il était assez grand pourl’avouer. II ne fit jamais de conquêtes éclatantes,et ne donna point décès grandes batailles rangées,dont la décision rend quelquefois une nation maî-tresse de Vautre ; mais ayant toujours réparé sesdéfaites, et fait beaucoup avec peu , il passapour le plus habile capitaine de l’Europe, dansuntempsoùl’art de la guerre était plus approfondique jamais. De même, quoi qu’onlui eûtreprochéfa défection dans les guerres de la fronde ; quoi-qu’à l’âge de près de soixante ans Vautour lui eûtfait révéler le secret de VEtaí ; quoiqu'il eûtexercé dans le Palatinat des cruautés qui nesemblaient pas nécessaires ; il conserva la répu-tation d’un homme de bien, sage et modéré,parce que ses vertus et ses grands talons, quin’étaient qu'à lui, devaient faire oublier desfaiblesses et des fautes qui lui étaient communesavec tant d’autres hommes. Si on pouvait le com-parer à quelqu’un, on oserait dire que de tousles généraux des siècles passés, Gonsahe deCor doue, surnommé le grand capitaine, estcelui auquel il ressemblait davantage.