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Oeuvres Complètes De M. De Voltaire
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D’ E S P A G N E. 177

Charle? VI, appelait toujours les Espagnols d’unnom injurieux. II apprit alors combien les princesdoiventpescr leurs paroles. Un évêque de Lérida,ambassadeur de Madrid à Vienne , mécontent desAllemands, releva cer discours, les envenimadans ses dépêches, et écrivitlui-même des chosesplus injurieuses pour’le conseil d’Autriche quel’archiduc n’en avait prononcées contre les Es-pagnols. “Les ministres de LéopoZd, écrivait-il,3, ontFesprit sait comme les cornes des chèvres de3, mon pays , petit, dur et tortu. ” Cette lettredevint publique. L’évéque de Lérida fut rappelé ;et à son retour à Madrid, il ne fit qu’accroître l’a-version des Espagnols contre les Allemands.

Autant le parti autrichien révoltait la cour deMadrid , autant le marquis , depuis duc d’Har-court , ambassadeur de France , se conciliaittous les cœurs parla profusion de sa magnificence,par sa dextérité et par le grand art de plaire.Reçu d’abord fort mal à la cour de Madrid, ilsouffrit tous les dégoûts fans se plaindre ; troismois entiers s’écoulèrent fans qu’il pût avoir au-dience du roi. ( 00 ) U employa ce temps à gagnerles esprits. Ce fut lui qui le premier fit changer

(00) Reboulet suppose que cet ambassadeur fut reçu d’a-bord magnifiquement. II fait un grand éloge de fa livrée,de son beau carrosse doré, etde l’accueil tout-à-fait gracieuxde sa majesté. Mais le marquis dans ses dépêches avouequ’on ne lui fit nulle civilité, et qu’il ne vit le roi qu'uitmoment dans une chambre très.sombre, éclairée de deuxbougies, de peur qu’il ne s’aperçíìt que ce prince étaitmoribond. Enfin les mémoires de Tord démontrent qu’il11'y a pas un mot de vrai dans tout ce que Reboulet , Limierset les autres historiens ont dit de cette grande affaire.