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bourgeois des petites villes, qu’on peut fans rienrisquer se couper !es ongles quand on veut, pour-vu que ce soit dans une bonne intention ? Lepeuple, me répondra-t on, ne prendrait point desalmanachs de ce nouveau venu. j’ose présumerau contraire qu’ilse t> cuverait parmi le peuple degrands génies qui se feraient un mérite de suivrecette nouveauté. Si on me répliqué que ces grandsgénies feraient des factions, et allumeraient uneguerre civile, js n’ai plus rien à dire, et j'aban-donne pour le bien de la paix mon opinionhasardée.
Jout le monde connaît le roi de Boutan. C’estun des plus grands princes du monde. II foule àses pieds les trônes de la terre ; et ses souliers ,s’il en a, ont des sceptres pour agrafes. 11 adore !sdiable, comme on fait, et lui est fort dévot, auíîì-bien que fa cour. II fie venir un jour un fameuxsculpteur de mon pays pour lui faire une bellestatue de Belzebutb. Le sculpteur réussit parfaite-ment ; jamais íe diable n’a été íi beau : mais mal-heureusement notre Praxitèle n’avait donné quecinq griffes à son animal, et ies Boutaniers lui endonnaient toujours six. Cette énorme faute dusculpteur fut relevée par le grand maître des céré-monies du diable , avec tout le zèle d’un hommejustement jaloux des droits de son patron et del’ufage immémorial et sacré du royaume de Bou-tan. II demanda la tête du sculpteur. Celui-cirépondit que ces cinq griffes pesaient tout justele poids des six griffes ordinaires ; et le roi deBoutan, qui est fort indulgent, lui fit grâce.