ESPRIT. 207
jamais tombé , & qu’on peut quelquefois repro-cher au Tasse , tout admirable qu’il est bail-leurs : ce défaut vient de ce que fauteur ,trop plein de ses idées , veut fe montrer lui—même , lorsqu’il ne doit montrer que tes per-sonnages.
La meilleure manière de connaître l’ufagequ’on doit faire de l’esprit, est de lire le petitnombre de bons ouvrages de génie qu’on adans les langues savantes 8c dans la nôtre.
Le faux esprit est autre chose que de l’ espritdéplacé : ce n’est pas seulement une penséefausse , car elle pourrait être fausse sans êtreingénieuse ; c’est une pensée fausse & re-cherchée.
li a été remarqué ailleurs qu’un homme debeaucoup d’esprit , qui traduisit , ou plutôtqui abrégea Homère en vers français, crutembellir ce poëte , dont la simplicité fait lecaractère , en lui prêtant des ornemens. Il ditau sujet de la réconciliation d’ Achille :
Tout le camp s’écria , dans une joie extrême ,
Que ne vaincra-t-ii point 1 il s’est vaincu lui-même.
Premièrement, de ce qu’on a dompté facolère, il ne s’ensuit pas du tout qu’on nefera point battu : secondement toute une arméepeut-elle s’accorder , par une inspiration sou-daine , à- dire une pointe ?
Si ce défaut choque les juges d’un goûtsévère , combien doivent révolter tous cestraits forcés, toutes ces pensées alambiquéesque l’on trouve en foule dans ces écrits ,bailleurs estimables ? Comment supporter que