de m. de voltaire.
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LETTRE L X I I.
A M. LIN GUET, avocat.
A Ferney, 15 de mars.
V o us êtes aucunement le maître , Monsieur, de ——-demeurer dans un cu de sac, de dater vos lettres du Vmois d 'août, quoique celui qui a dontïé son nomà ce mois se nommât Auguflus , et d’appeler la villede Cadomum, Can, quoiqu’on l’écrive Caen. Vousaurez pu voir des courtisans chez le roi, fans avoirjamais vu de courtisanes chez la reine. Vous avezvu dans votre cu de sac passer les coureurs du car-dinal de Rohan , mais point de coureuses. Vous aurezvu chez lui de beaux garçons et point d e garces ;des architraves dans son palais, et aucune trave.
Les gendarmes qui font la revue dans la cour deI'hôtel de Soubise sont si intrépides qu’il n y en apas un de trépide.
La langue d’ailleurs s’embellit tous les jours : oncommence à éduquer les enfans au lieu de les élever ;on fixe une femme au lieu de fixer les yeux furelle. Le roi n’est plus endetté envers le public, maisvis-à-vis le public. Les maîtres d’hôtel servent àprésent des roast-beef de mouton , tandis que l'eparlement obtempère ou ri obtempère pas aux édits.
Notre jargon deviendra ce qu’il pourra. Je fuismoitié suisièet moitié savoyard, enseveli à soixanteet quinze ans sous les neiges des Alpes et du mont
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