6 Essai sur le Siécle
les Rots , toujours occupés à soutenir leurautorité contre leurs Vassaux, u’eurent jamais,ni le temps de songer au bonheur de leurs Su-jets, ni le pouvoir de les rendre heureux.
Louis XI. fit beaucoup pour la puissanceRoyale, mais rien pour la félicité & la gloirede la Nation.
François Premier fit naître le Commerce, laNavigation, les Lettres 8c tous les Arts ; mais ilfut trop malheureux pour leur faire prendre ra-cine en France , & tous périrent après lui.
Henri le Grand vouloít retirer la Francedes calamités & de la barbarie, où trente ansde discorde l’avoient replongée, quand il futassassiné dans fa Capitale, au milieu du Peu-ple dont il alloit faire le bonheur.
Le Cardinal de Richelieu, occupé d’abaiflèrla Maison d’Autriche , le Calvinisme & lesGrands, ne jouit point d'une puissance assezpaisible pour réformer la Nation ; mais aumoins il commença cet heureux ouvrage.
Ainsi, pendant neuf cent années, notre gé-nie a été presque toujours rétréci sous un Gou-vernement gotique, au milieu des divisions &des Guerres Civiles, n’ayant ni Loix ni Coutu-mes fixes, changeant de deux Siécles en deuxSiécles un langage toujours groíïïer ; les No-bles fans discipline, ne connoislànt que la Guer-re & soisiveté ; les Ecclésiastiques vivant dansle désordre & dans Fignorance ; & les Peuplesíàns industrie, croupissant dans leur misère.
Voilà