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Recueil De Pieces Fugitives En Prose Et En Vers / Par Mr. De Voltaire
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Le Mondain. 109

Tandis quau loin, vainqueurs des Musulmans,

Nos Vins de France enyvrent les Sultans ?

Quand la Nature étoit dans son enfance,

Nos bons Ayeux vivoient dans lignorance,

Ne connaiísoienr , ni le tien , ni le mien :Quauroient-ils pu connaître > ils navoient rien }iVétoient nuds, & cest chose crès-claire ,

Que qui na rien, na nul partage à faire.

Sobres étoient ; ah ! je le crois encor ;

%/liwtìalo * nest point du Siécle d'O r.

Dun bon vin frais, ou la mousse, ou la fève,

Ne grata point le triste gosier dEve.

La soye & lor ne brilloient point chez eux ;Admirez-vous pour cela nos ayeux ?

Il leur manquoit lindustrie & laisance,

Est-ce vertu ? cétoit pure ignorance.

Quel idiot, sil avoir eu pour lorsQuelque bon lit, auroit couché dehórS?

Mon cher Adam, mon gourmand, mon bon père,Que faisois-tu dans les Jardins dEden ?Travaillois-tu pour ce sot genre humain ?Caressois-tu Madame Eve, ma mere ìAvouez-moi que vous aviez tous deuxLes ongles longs , un peu noirs & crasseux.

La chevelure assez mal ordonnée,

Le teint bruni, la peau bize & tannée.

Sans propretéTamour le plus heureux,

Nest plus amour, cest un besoin honteux.

Bien-tôt lassés de leur belle avanture,

Dessous un Chesne ils soupent galamment,

Avec de Ieau, du millet & du gland >

* Auteur du Cuisinier Fiançais.

Le