168 Réponse de Mr. Voltaire k me Dame* 1
Que la curiosité ,
Honora par vanité,
Du nom de Philosophie,
Je cours après Neuton dans l’abîme des Cieux,
Je veux voir si des nuits la Courriere inégale,
Par le pouvoir changeant d une force centrale,
En gravitant vers nous, s approche de nos yeux,
Et pese d autant plus qu elle est près de ces lieux ,Dans les limites d’un ovale.
J’en entends raisonner les plus profonds esprits,Maupertuis & Cleraut , calculante cabale,
Je les vois qui des Cieux franchissent l’intervale,Et je vois trop souvent que j’ai très-peu compris.De ces obscurité? je passe à la morale,
Je lis au cœur de s homme & souvent j’en rougis;J’examine avec foin les informes écrits,
Les Monumens épars & le style énergiqueDe ce fameux Pascal , ce dévot satirique ;
Je vois ce rare esprit trop promt à s’enflamer,
Je combats ses rigueurs extrêmes.
II enseigne aux humains à se haïr eux-mêmes ;
Je voudrois malgré lui leur apprendre à s aimer.Ainsi mes jours égaux que les Muses remplissent,Sans foins, fans passions, fans préjugé fâcheux,Commencent avec joye & vivement finissent,
Par des soupers délicieux.
L’amour dans mes plaisirs ne mêle plus ses peines ;La tardive raison vient de briser mes chaînes ;
J’ai quitté prudemment ce Dieu qui m a quitté ;J’ai passé l’heureux tems fait pour la volupté.
Est-il donc vraijgrands Dieux! il ne faut plus que j’aime.La foule des beaux arts dont je veux tour à tour,Remplir le vuide de moi-même,
N’est point encor assez pour remplacer l’amour.
LETTRE