se de leurs femmes, l’amour & l’obéissance deleurs enfàns. Les filles y venoient apporterle cendre sacrifice de leur cœur, & ne leur de-mandoient d’autre grâce que celle de pouvoir ren-dre un Troglodite heureux.
Le soir lorsque les troupeaux quittoient lesprairies, & que les bœufs fatigués avoient ramenélà charrue, ils s’assembloient , & dans un repasfrugal ils chantoient les injustices des premiersTroglodites , & leurs malheurs, la vertu renais-sante avec un nouveau peuple , & sa félicité ; ilscélébroient les grandeurs des Dieux , leurs faveurstoujours présentes aux hommes, qui les implo-rent, & leur colere inévitable, à ceux qui ne lescraignent pas : ils decrivoient ensuite les déli-ces de la vie champêtre , & le bonheur d’ünecondition toujours parée de l’innocence. Bientôtils s’abandonnoient à un sommeil que les foins& les chagrins n’interrompoient jamais.
La nature ne fournissoit pas moins à leurs dé-sirs, qu’à leurs besoins. Dans ce pays heureux lacupidité etoit étrangère : ils le failoient des présens,où celui, qui donnoit, croyoit toujours avoir l’a-vantage. Le peuple Troglodite se regardoit com-me une seule famille ; les troupeaux etoient pres-que toujours confondus ; la feule peine qu’on s’é-pargnait ordinairement, c’etoit de les partager.On ne sauroit a (fez parler de la vertu des Trog-lodites. Un deux diloit un jour : mon Pere doitdemain labourer son champ : je me lèverai deuxheures avant lui, & quand il ira àj son champil le trouvera tout labouré.
Un autre disoit en lui-même, il me sembleque ma sœur a du goût pour un jeune Troglo-dite