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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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RONSARD.

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Dans cette comparaison prise à Virgile, le Pulveris exigui jactu esttrès-bien rendu. Il y a une suspension qui est imitative et d’un effetpittoresque :

11 verse parmi l’air un peu de poudre...

La plupart des critiques que Ton a adressées à la première manièreardue et rocailleuse de Ronsard trouveraient peu leur application, àconsidérer cette portion plus rassise de ses œuvres; je lui reprocheraisplutôt d’y être trop détendu et de se relâcher dans le prosaïque, bienque de temps en temps il y ait des retours de verve et que le chevalde race y retrouve des élans.

Si l’on voulait s’en prendre aux événements de ce que l’homme n’apas su accomplir, il serait naturel de faire comme Ronsard et d’accuserles guerres civiles et domestiques; elles lui furent plus contraires qu’àpersonne, et dès 1562 il éprouva, pour s’être loyalement déclaré enfaveur de l’ordre existant et de l’Église établie, la fureur et la malignitédes factions. Il y eut alors un premier échec porté à sa renommée, et ungrand dérangement dans sa tranquillité et ses loisirs. Des amis, desdisciples de la veille se tournèrent contre lui, et l’insultèrent dans deslibelles dont quelques-uns se sont conservés. Ronsard, selon l’usage dutemps, avait reçu pour récompense de ses vers des bénéfices; les ré-formés et prédicants le traitèrent comme ils auraient fait un gras prieurou un abbé repu. Voici une de ces pièces satiriques que je traduis; cesont des distiques latins :

« Tant que tu as bu aux sources d’Aonie; tant que sur le sommet du Pinde, ôRonsard, tu as touché avec art la lyre aux onze cordes, ta Muse a fait retentir leschamps du Vendômois de ses graves accents que Phébus eût avoués pour les siens;mais dès que tu n’as plus eu souci que de t’engraisser la panse à la manière d’unesoyeuse truie, tu as grossi le nombre de ceux qui font les enterrements, qui res-semblent aux frelons, et sont impropres à l’ouvrage. Tu t’es mis dès lors au plain-chant de la Messe; mais depuis ce temps-là ce n’est plus ta Muse, c’est ta Messe quichante.

.At tempore ab illo

Non tua Musa canit, sed tua Missa canit. »

En réimprimant cette pièce pour y répondre, Ronsard l’a intituléeCoassement d'une grenouille du lac de Genève , Rance Lemanicolœ