MALHERBE ET SON ÉCOLE.
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Il y a quelquefois chez Malherbe une grâce fine et rare .qui, au milieude cette hauteur et de cette roideur lyrique, a tout son prix.
Deux contemporains, deux disciples de Malherbe, Balzac et Godeau,ont très-bien marqué un des points principaux de son innovation et desa réforme. Rendant hommage aux poètes français du xvi e siècle, à ceuxque Malherbe avait eu le tort de trop dépriser, et leur faisant jusqu’à uncertain point réparation, Godeau, dans le Discours qui servait de préfaceà la première Édition de Malherbe, ajoutait pourtant : « La passionqu’ils avaient pour les anciens était cause qu’ils pillaient leurs penséesplutôt qu’ils ne les choisissaient. » Et il fait sentir que la méthode habileet combinée, cette méthode d’abeille par laquelle Horace imitait lesGrecs, a succédé en France, grâce à Malherbe, à l’imitation confuse, àl’importation trop directe et trop entière des originaux grecs eux-mêmes.Balzac, dans son xxxi e Entretien, ne nous le dit pas moins nettement;après avoir parlé de cette première forme indigeste et avide qu’avaitprise chez nous l’imitation des anciens : « Les imitations de Malherbe,remarque-t-il, sont bien moins violentes, sont bien plus fines et plusadroites. Il ne gâte point les inventions d’autrui en se les appropriant.Au contraire, ce qui n’était que bon au lieu de son origine, il sait lerendre meilleur par le transport qu’il en fait. Il va presque toujours audelà de son exemple et, dans une langue inférieure à la latine, sonfrançais égale ou surpasse le latin. » Il en cite quelques exemples qui,s’ils ne prouvent pas la supériorité de Malherbe sur les Latins, montrentdu moins une émulation savante et assez brillante. Cette observation deBalzac et de Godeau se peut résumer ainsi : Ronsard et son école nesavaient pas l’art d’imiter ; dans leur ardeur et leur inexpériencepremière, ils transportaient tout de l’antiquité, l’arbre et les racines :Malherbe le premier sut et enseigna l’art de greffer les beautés poé-tiques.
Ses disciples en profitèrent, et Racan le premier. C’était un heureuxet facile génie que Racan, peut-être mieux doué, à quelques égards, queMalherbe, et en poésie comme en distraction un vrai précurseur deLa Fontaine. Mais sans Malherbe, sans sa juste et ferme direction, onpeut croire que Racan n’eût point été ce qu’on l’a vu, et lui-même,s’adressant à son maître, a dit : « Je sais bien que votre jugement estsi généralement approuvé, que c’est renoncer au sens commun que