MALHERBE ET SON ÉCOLE.
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chons que le sentiment sincère dans sa plénitude, le calme, la tranquil-lité stable d’une vie heureuse, l’idéal d’une médiocrité domestiquefrugale et abondante : or, tout cela s’y exhale, et on en reçoit l’impressionen le lisant. Son gentilhomme de campagne, il ne va pas le demanderaux anciens ; il l’a sous les yeux, et il le décrit d’après nature :
Il laboure le champ que labourait son père :
Il ne s’informe point de ce qu’on délibèreDans ces graves Conseils d’affaires accablés;
11 voit sans intérêt la mer grosse d’orages,
Et n’observe des vents les sinistres présagesQue pour le soin qu’il a du salut de ses blés.
Roi de ses passions, il a ce qu’il désire :
Son fertile domaine est son petit empire,
Sa cabane est son Louvre et son Fontainebleau;
Ses champs et ses jardins sont autant de provinces,
Et, sans porter envie à la pompe des princes,
Se contente chez lui de les voir en tableau.
Il voit de toutes parts combler d’heur sa famille,
La javelle à plein poing tomber sous la faucille,
Le vendangeur ployer sous le faix des paniers;
Et semble qu’à l’envi les fertiles montagnesLes humides vallons et les grasses campagnesS’efforcent à remplir sa cave et ses greniers.
Il suit aucune fois un cerf par les foulées,
Dans ces vieilles forêts du peuple reculées.».
Laissons le chasseur disparaître dans la profondeur de ces grandesallées sombres, qui nous sont traduites par cette harmonie même. Lapièce de Racan est toute de ce ton. S’il dit les choses avec moins departicularité qu’Horace, il ne les rend pas avec moins de naturel; car, enadmettant que (les derniers vers exceptés) il n’y ait point d’ironie pro-prement dite dans le courant de Fode d’Horace, on ne peut s’empêcherde remarquer qu’Alfius, ce soudain amateur des champs, se complaît fort,au milieu de son vœu frugal, à nommer des huîtres et les poissons dulac Lucrin, auxquels il déclare renoncer ; il y parle en détail des metsrares, des gelinottes, faisans ou autres oiseaux recherchés, auxquels il sepromet désormais de préférer la mauve et l’olive. Ces ressouvenirs de