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Galerie Des Grands Écrivains Français : Tirée Des Causeries Du Lundi Et Des Portraits Littéraires / Par M. Sainte-Beuve De L'Academie Française ; Illustrée De Portraits Gravés Au Burin Par MM. Goutière, Delannoy, Leguay, Nargeot, Etc. D'Après Les Dessins De Staal, Philippoteaux, Etc.
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MOLIÈRE.

y faire la recette et y étudier à ce propos les discours et physionomiedun chacun. On se rappelle que Machiavel, grand poëte comique aussi,ne dédaignait pas la conversation des bouchers, boulangers et autres.Mais Molière avait probablement, dans ses longues séances chez le bar-bier-chirurgien, une intention plus directement applicable à son art quelancien secrétaire florentin, lequel cherchait surtout, il le dit, à narguerla fortune et à tromper lennui de la disgrâce. Cette disposition de Mo-lière à observer durant des heures et à se tenir en silence saccrut aveclâge, avec lexpérience et les chagrins de la vie ; elle frappait singuliè-rement Boileau qui appelait son ami le Contemplateur. « Vous connois-sez lhomme, dit Élise dans la Critique de lÉcole des Femmes , et saparesse naturelle à soutenir la conversation. Célimène lavoit invité àsouper comme bel esprit, et jamais il ne parut si sot parmi une demi-douzaine de gens à qui elle avoit fait fête de lui... Il les trompa fort parson silence. » Lun des ennemis de Molière, de Villiers, en sa comédiede Zêlinde, représente un marchand de dentelles de la rue Saint-Denis,Argimont, qui entretient dans la chambre haute de son magasin unedame de qualité, Oriane. On vient dire quÉlomire (anagramme de Mo-lière) est dans la chambre den bas. Oriane désirait quil montât, afin dele voir; et le marchand descend, comptant bien ramener en haut lenouveau chaland sous prétexte de quelque dentelle; mais il revientbientôt seul. « Madame, dit-il à Oriane, je suis au désespoir de navoirpu vous satisfaire; depuis que je suis descendu, Élomire na pas dit uneseule parole; je lai trouvé appuyé sur ma boutique dans la posture dunhomme qui rêve. Il avoit les yeux collés sur trois ou quatre personnesde qualité qui marchandoient des dentelles ; il paroissoit attentif à leursdiscours, et il sembloit, par le mouvement de ses yeux, quil regardoitjusquau fond de leurs âmes pour y voir ce quelles ne disoient pas. Jecrois même quil avoit des tablettes, et quà la faveur de son manteauil a écrit, sans être aperçu, ce quelles ont dit de plus remarquable. »Et sur ce que répond Oriane quÉlomire avait peut-être même un crayonet dessinait leurs grimaces pour les faire représenter au naturel dans lejeu du théâtre, le marchand reprend : « Sil ne les a pas dessinées surses tablettes, je ne doute point quil ne les ait imprimées dans son ima-gination. Cest un dangereux personnage. Il y en a qui ne vont point sansleurs mains, mais on peut dire de lui quil ne va point sans ses yeux ni